Lawrence Hayward signe en 1979 sur Cherry Red avec comme seule carte de visite son futur premier single, "Index", enregistré dans sa chambre sur un simple magnétophone. Après de multiples essais, il s'adjoint les services du guitariste Maurice Deebank et d'une section rythmique : "Crumbling the antiseptic beauty" est le premier disque studio de Felt, qui paraît en 1981. Sur l'instrumental d'ouverture, la guitare ondoyante et scintillante de Deebank s'enroule autour de celle acoustique de Lawrence : "Evergreen dazed" a la pureté d'un titre des Shadows, jouant la complémentarité comme Richard Hell et Tom Verlaine (Television). De Johnny Marr (The Smiths) à Terry Bickers (The House Of Love), beaucoup seront certainement marqués par ces motifs ourlés, proches aussi du travail de Viny Reilly (Durutti Column). Un pâle soleil réchauffe la cold-wave alors en vogue, l'invite à sortir de sa crypte pour lui réapprendre la notion d'espace, pour l'élancer vers une lente élévation ("Fortune"). Des raideurs subsistent encore dans la rythmique rigide, tribale, qui contraste avec l'austérité quasi monacale des compositions : cela pourrait sonner par moments comme les Joy Division qui joueraient à l'intérieur d'une cathédrale gothique baignée dans une lumière diffuse ("Cathedral"). Les lacis de guitare de Maurice Deebank monopolisent la parole plus sûrement que Lawrence, étrangement absent, en état second, dont la voix inquiète menace de s'évanouir comme la flamme vacillante d'une bougie. Captivé par leur puissant pouvoir de suggestion, on se fait insidieusement enserrer dans leurs circonvolutions de manière aussi fatale que par les anneaux d'un serpent. Les morceaux s'étirent sans but défini, faussement immobiles comme la surface de l'eau ("Birdmen") : brusquement, la fin de "I worship the sun" s'enfonce dans un noir minéral aux reflets brillants, et débouche sur la fièvre glacée de "Templeroy". Comme chez Cherry Red on ne fait pas les choses à moitié quand on fête les vingt-cinq ans du label, neuf piqûres de rappel suivront bientôt : toute la discographie de Felt, y compris les albums sortis chez Creation.
Morceaux qui Tuent
I worship the sun Evergreen dazed Templeroy
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