Chroniques Concerts

Eurockéennes de Belfort - vendredi 30 juin 2006

Posté par : Chtif le 05/07/2006

Les puristes diront que des Eurockéennes de Belfort sans pluie ne sont pas vraiment des Eurockéennes. Un soleil accablant ayant dominé pendant tout le week-end, on se rangera donc sans peine à leur avis: à l'image du climat plus que clément, l'édition 2006 des Eurocks s'est déroulée sans boue, sans tâche et (presque) sans accrocs.

L'annonce des têtes d'affiche n'était déjà pas très bandante, leur prestation ne le sera pas plus. Entre des Strokes venus ramasser la thune (Julian juge à ce propos inutile, ou bien très hype, de n'articuler aucune parole… ceci dit, "Heart in a cage" reste une bonne chanson), et des gros shows mécaniques et mous du genou (Depeche Mode, Daft Punk), on n'est pas gâté sur la grande scène. C'est donc sur les annexes qu'il faut chercher un peu de feeling.

Après avoir loupé Venus (victime d'une aberration de programmation en ouverture du festival), on démarre avec le rock stoner de Jack and the Bearded Fishermen, rescapés du tremplin annuel : des relents de Kyuss infestent l'air, malgré un certain manque d'envergure au chant. Le débat est censé s'élever avec l'arrivée de Deftones sur la grande scène... mais retombe aussi sec. Chino s'est empâté et ressemble à un Coluche en chaussettes à bandes. La fosse est conquise d'avance, mais l'enthousiasme du chanteur s'est érodé après dix années de hurlements ados au service d'un émo-métal, précurseur en 1995, mais aujourd'hui quasi-risible.

C'est au tour d'Arctic Monkeys, les petits prodiges anglais, de faire chapiteau comble (pourquoi pas la grande scène, alors que Anaïs y semblait toute perdue auparavant ?). Gros mouvements de foule pour les chansons du quartet très à l'aise et sans manière (jogging, baggies, jeans...). Ca manque encore un peu de groove, mais le (très jeune) public est ravi, et "When the sun goes down" balance bien, que demander de plus ?

On délaisse les Dyonisos (déjà vus, et un peu trop portés sur les jolis contes de fées en ce moment) pour aller se prendre une bonne dose de bourrin avec les français de Gojira sur la Plage. Précision diabolique et grosse énergie sont au programme du combo très influencé par Devin Townshend. Quelques vieux morceaux manquent à l'appel pour que l'on reparte pleinement satisfaits, mais on inscrira néanmoins sur les tables de loi death-métalliques cette mémorable phrase d'outre-tombe : "Est-ce que vous voulez un morceau bien graaaaaas ?"

C'est entre les Strokes et Daft Punk que se pointe The Gossip, improbable trio activiste gay (une chanteuse, riquiqui et grassouillette, une batteuse tatouée, et un guitariste à la frange douteuse), qui fait déjà parler de lui depuis quelques temps (notamment remarqué dans l'émission Tracks il y a quelques mois). Sur scène, c'est tout simplement inouï. Issu d'un croisement survolté entre les White Stripes, Le Tigre, et The Bellrays, The Gossip dresse un tremplin électrique incliné droit vers les cieux pour la voix soul-rock de Beth Ditto. Il n'y a pas de mot pour décrire ce que ce bout de femme est capable de produire : hurlements crissés, feulements de hyène abreuvée à l'Absolut, caresses d'amour et promesses divines, le public se regarde stupéfait, et ne comprend pas d'où peut venir une telle énergie. Beth gigote, veut virer les barrières, picole au goulôt, se fout de la gueule des Daft Punk, et demande si on l'aime, si on l'aime... Trop fort, trop beau, The Gossip est le coup de coeur définitif du festival (à voir ICI)

Après cela, la disco géante sur fond Matrix-Stargate des Daft Punk paraît bien fade, même si ils ont mis le paquet niveau moyens.