Catch a fire est le premier album de Bob Marley pour une grosse compagnie, enfin pour un gros label d'envergure mondiale, Island de l'anglais Chris Blackwell qui après avoir signé la crème de la pop anglaise entre 1967 et 1973 (Traffic, Fairport Convention, Free, John Martin, King Crimson, Spooky Tooth, Cat Stevens, Nick Drake...!!), mise là sur l'internationalisation du reggae, en allant chercher des jamaïcains pur jus (Jimmy Cliff dont il publie aussi les albums depuis 1970 était lui un 'expatrié' et il lui avait joué un tour de con). "Catch a Fire" va conduire Bob Marley et ses Wailers sur la route d'une renommée mondiale (et faire de Island par la même occasion le 'gros' label de reggae de la fin des années soixante-dix). Mais il y a une dimension marketing et ironique à toute cette affaire : le "Catch a fire" qui propulse en 1974 le groupe hors de Jamaïque n'est pas celui dont Marley présenta les bandes deux ans plus tôt au patron de Island. En effet, Chris Blackwell, impressionné par le travail des Wailers avec le producteur Lee "Scratch" Perry et convaincu de leur potentiel de séduction du reste du monde, s'envole à Kingston en 1972, leur offre 4000 dollars, un contrat et la sortie mondiale de leur prochain disque alors en chantier chez Perry. Mais, à la réception des bandes quelques mois plus tard, Mister Chris fait la gueule et le businessman Doctor Blackwell (Lee Perry le traitera de 'vampire' !) persuade Marley qu'un 'certain changement' s'impose pour rendre sa musique 'compatible' aux oreilles anglaises et américaines. Deux musiciens blancs, le guitariste Wayne Perkins et le claviers/synthés John "Rabbit" Bundrick, et des percussionnistes sont engagés pour 'aérer' le son et le fluidifier. C'est ce remake anglais qui sort en 1974, sous une superbe pochette (le grand Zippo cartonné). Aujourd'hui justice est rendue à l'histoire, cette réédition présentant pour la première fois la production originale jamaïcaine de onze morceaux couplée à sa version 'anglaise' publiée (de neuf). A posteriori, le remix anglais semble avoir abusé du sucre et de l'étrangeté - la slide guitar de "Baby we've got a date (rock it baby)", les riffs rock de "Concrete jungle" - mais, dans le contexte, la transformation assez subtile du son fonctionnait bien et Blackwell récolta les lauriers d'avoir apporté Marley aux oreilles du monde (deux années plus tard, il récidivera avec Burning Spear, qu'il rendra mondialement célèbre avec l'album "Marcus Garvey" dont il diluera les aspérités 'roots' du producteur Jack Ruby). La majorité des compositions de "Catch a fire" sont de Bob Marley, ils les chante toutes (sauf deux), la rythmique est propulsée (c'est le mot !) par les frères Aston and Carlton Barrett, la guitare staccato est entre les mains de Peter Tosh, et les entrelacs vocaux, partagés entre Bunny Livingston, Peter Tosh et Marley, confirment les Wailers comme un vrai groupe, plus que les simples accompagnateurs d'un chanteur. Des titres comme "Stir it up" ou "Concrete jungle" les montrent capables de splendides chansons d'amour, sans négliger le constant message de justice sociale et d'oppression. Néanmoins, près de trente ans plus tard, un des meilleurs morceaux reste "400 Years", que chante Peter Tosh, donnant à posteriori une idée déjà bien précise de ce qu'allait être sa carrière solo après son départ des Wailers en 1974. La version originale produite à Kingston (avant Island) comportait deux titres de plus, la ballade proche des Pioneers, la presque pop "High tide or low tide", (pourquoi donc l'avoir virée !) et "All day all night", ils sont bien sûr réintégrés sur l'album 'jamaïcain', disque 1 de ce double Cd. Les amateurs de son 'roots' le trouveront plus à leur goût, plus dépouillé, avec une douceur/âpreté qui en aiguise les angles.
Morceaux qui Tuent
Stir it up High tide or low tide
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