"Riget" (littéralement "le royaume" mais "L'hôpital et ses fantômes" en VF) est une série créée pour la télévision danoise DR1 par Lars von Trier en 1994 (une saison 2 a suivi en 1997), au total 11 épisodes de 55 minutes. La série a connu une version cinéma en 1999 , mais déjà à l'époque, il fallait pour la voir en France être Parisien et rapide (à l'affiche deux semaines à 18h au seul cinéma Utopia Champollion en deux séances à la suite). Par la suite, Arte a présenté la série en épisodes, mais hélas en VF. Pari gonflé, l'intégrale de "Riget" parait aujourd'hui en France en un coffret de 4 Dvd, deux par saison.
L'histoire - ou plutôt les histoires - se déroulent dans le département de neurochirurgie du Rigshospitalet (l'hôpital du royaume) de Copenhague, principal établissement de la ville, grande barre ultra-moderne construite dans les années soixante-dix où se cotoient les médecins de renom. On y suit un petit nombre de patients et les membres de l'équipe médicale du Professeur et chef de service Stig Heimer, un microcosme qui va au fil du temps virer surnaturel et loufoque, croisé d'intrigues noires et de stratégies de conquêtes amoureuses en tous sens.
J'ai une appréciation variable des œuvres de Lars Von Trier, parfois emballé ("Les idiots"), parfois pris d'une envie de sortir de la salle avant la fin ("Europa"). "Riget" joue à merveille de la mécanique et du rythme des séries, et Von Trier semble s'être régalé à mêler ses ingrédients, avec un humour omniprésent. Il n'est rien que de le voir, en ouverture de chaque épisode, impeccable en nœud pap, introduire à la manière de "Hitchcock presents", son histoire de marais médiéval peuplé de blanchisseurs qui vivrait là l'incroyable revanche des Esprits sur la Science. "Riget" est du Von Trier emballant, jouissif, et se regarde d'une traite. Je plains la frustration des Danois en 94, devant attendre la semaine suivante pour connaître la suite ! Ceux qui ont vécu la diffusion de "Twin Peaks" sur La Cinq en 1991 savent de quelle souffrance je parle...
Tourné quelques mois avant l'officialisation du Dogma 95, "Riget" est déjà dans la "chasteté" : filmé à l'épaule, en son direct, l'image saturée sépia, à laquelle on se fait vite et qui ajoute au halo mystérieux des lieux et de l'histoire.
Le personnage central du Professeur Stig Helmer, un Suédois (amoureux d'ordre, de hiérarchie et de discipline) à la tête d'une équipe de Danois (cools, fêtards et jouisseurs) installe l'intrigue sur l'antagonisme ancestral entre les deux pays, qui va servir de cadre et de justification aux humiliations, aux coups bas et à leurs revanches. Helmer, magnifiquement interprété par l'acteur suédois (disparu depuis) Ernst-Hugo Järegård (l'oncle Kessler dans "Europa"), serait réfugié au Danemark pour cause de trouble usurpation de thèse en Suède, puis responsable au Rigshospitalet de la mort d'Anna, une mort matière à chantage et une fillette dont le spectre va déclencher le barnum surnaturel, sous l'égide et les stratégies de Sigrid Drusse, septuagénaire hypocondriaque accro à l'hosto (sitôt renvoyée chez elle, sitôt réadmise), malicieusement jouée par Kirsten Rolffes (vue auparavant dans "Le festin de Babette" de Gabriel Axel, dont elle était la convive la plus rapidement convertie aux joies du pinard).
Une ambulance qui roule toute seule, Helmer déclamant la nuit sur les toits son mal du pays ("Volvo ! Krisprolls ! Ikea !...") et les récurrents problèmes d'enjoliveurs de sa Volvo 850 GLT (insister sur le T), un cours décoiffant de dissection humaine et des têtes piquées sur des cadavres, des murs qui gémissent... les portes du Royaume s'ouvrent sur une troupe qui se concocte des coups bas et drague dans tous les sens, des malades qui se réunissent la nuit en cérémonies secrètes pour faire tourner les lits, et un directeur de l'hosto - rêveur et largué - qui peaufine "air du matin", sa méthode de motivation de groupe...
Parfois inquiétant, souvent drôle, "Riget", passé - par la force des choses - inaperçu par ici, est un petit chef d'oeuvre culte au-dessus duquel Lars Von Trier tend un fil rouge qu'on imagine hommage à Carl Theodor Dreyer et son personnage de Johannes dans "Ordet" - le simple d'esprit aux visions prémonitoires - avec ses deux Mongoliens, préposés à la plonge au sous-sol, qui annoncent et commentent en douchant leurs assiettes les événements d'un récit qui se corse au fil du temps.
Dvd 1 Première saison (1994) 1. un hôte indésirable (63 minutes) 2. Que ton règne arrive (67 minutes) Dvd 2 Première saison (1994) 3. Un corps étranger (71 minutes) 4. Le Mort vivant (77 minutes) Dvd 3 Seconde saison (1997) 5. Mors in tabula (63 minutes) 6. Oiseaux de passage (79 minutes) Dvd 4 Seconde saison (1997) 7. Gargantua (76 minutes) 8. Pandemonium (78 minutes)
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