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Ronnie Bird (Collection Twistin' the Rock vol 7)

France   1964-1970
Intégrale
2CD Mercury/Universal 2002




RONNIE BIRD

Ronnie Bird (Collection Twistin' the Rock vol 7)


Cintré dans une veste de velours, l'air rigide, il se meut tel un automate. Le regard hautain, il fixe la foule. Tout cela lui confère une personnalité assez mystérieuse, qu'accentue encore sa longue chevelure. Ronnie fait penser à ces héros du cinéma expressionniste allemand, comme le professeur Caligari. Ainsi était présenté Ronnie Bird en 1965 aux lecteurs de Disco Revue, Ronnie Bird rocker français apparu en 1964, dont la carrière se divise en deux périodes, la Decca en 1964 et 65, la plus rock, la plus intéressante, la plus authentique, et la Philips, de 1966 à 70, où la personnalité se brouille quelque peu. Ronnie Bird fut à l'image de ses compatriotes chanteurs des années soixante, un adaptateur, un importateur de succès anglo-saxons, dont on sait qu'ils constituaient le fond de commerce de la quasi totalité (à l'exception notable des auteurs compositeurs Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Antoine et Michel Polnareff ou d'une France Gall, servie en tubes par Gainsbourg). Mais Ronnie Bird avait un 'plus', il avait pigé le style de ses modèles (des Stones aux Pretty Things), et avec son air de petit rocker arrogant, sa coupe de cheveux à la Brian Jones (et un groupe raccord), il avait ce qu'il est convenu d'appeler une dégaine, qualité pas forcément partagée à cette époque (le jour où l'on a vu Sylvie Va-t'en adapter Creedence, une Gibson demi-caisse encombrant ses bras, on a su que le ridicule même s'il laisse des traces ne tuait pas). La presse de l'époque ne s'y trompait pas, assimilant le personnage au 'style anglais', ou militant plus ouvertement (Disco Revue toujours) : "Ronnie Bird : la révélation 1965. Il s'annonce comme étant le premier créateur rock français, tout ce qui avait pu voir le jour avant n'était que de la copie, et bien souvent de la mauvaise copie. Ronnie nous fait faire un grand pas en avant. Peut-être que grâce à lui, nous sommes à la veille de découvrir le rock français". Ce style, allié à des prestations scéniques remarquables (et un peu son label Decca...) lui ouvrent des créneaux que ne connaissent pas un Anthony, un Rivers ou même un Hallyday : premières parties des Stones dès 1965, des Moody Blues, participation au premier festival pop au Palais des Sports de Paris en juin 1967, avec une affiche franco anglaise plutôt d'aplomb : Cream, VIP's (futurs Spooky Tooth), Pretty Things et Moody Blues côté anglais, et côté français Ronnie Bird, Alain Bas(c)hung et Noël Deschamps (autre grand rocker pop méconnu)... Les premiers enregistrements paraissent en 1964 chez Decca, un mythe vivant, les Stones et les Them y sont ! A partir de "L'amour nous rend fou" (deuxième Ep, reprise de "Love's made a fool of you" de Buddy Holly), Ronnie invente l'overdub, en doublant sa voix, un 'truc' qui donne aux vocaux un charme fou en même temps qu'une marque de fabrique. Universal France, à travers une grande et superbe collection en 19 volumes dédiée aux chanteurs rock français des sixties, consacre l'un deux à Ronnie Bird, publiant ainsi son intégrale 1964-1970 (l'homme, devenu technicien à France 2 New York, fit un retour sans succès en 1988). La période Decca des deux premières années est une suite de bons moments : titres originaux, "Adieu à un ami" (le premier Ep en hommage à Buddy Holly, crashé en 1959), "Pour toi" (LE slow à enchaîner à "Jette-là" de Larry Greco), "Je ne mens pas"... et des reprises, mais quelles reprises ! A "L'amour nous rend fou" déjà cité, succèdent "Elle m'attend" ("The last time" des Stones), "Tu perds ton temps" ("Don't bring me down" des Pretty Things), "Fais attention" ("Find my way back home" des Nashville Teens), "Pour être à toi" ("Down home girl" de Jerry Leiber, mais aussi sur "Now" le deuxième album des Stones en 64), "Où va-t-elle ?" ("Come on back" des Hollies), "Ce maudit journal" ("Almost there" des Turtles), "Je voudrais dire" ("I'll go crazy" de James Brown et des Moody Blues)... La période Philips débute par l'excellent Ep "Chante" ("I can only give you everything" des Them et des Troggs), au texte aussi aigri envers Antoine ("la musique a du bon lorsque l'on pense au fric") que Jean Ferrat l'était la même année dans "Pauvre Boris" envers Richard Anthony. "Cheese" ("Lies" des Knickerbockers), "Ne t'en fais pas pour Ronnie" ("A legal matter" des Who) et la ballade crépusculaire "Cette maudite solitude" (le fantastique "So sad" des Everly Brothers) complètent ce premier Ep de 1966. La suite se gâte, avec l'entrée en piste de Micky Jones et Tommy Brown, le duo anglais qui a sévi derrière nombre de français (Hallyday, Vartan, Rivers, Hardy...) avant d'aller fonder Foreigner. Ils formatent Ronnie en chanteur pop, composent son nouveau répertoire, et même si musicalement cela tient encore la route ("N'écoute pas ton cœur" aux guitares psychédéliques) et s'il reste de bonnes reprises ("Hey girl" des Small Faces ou "Tu en dis trop"/"You don't know like i know" de Isaac Hayes), ce 'recentrage' banalise Ronnie Bird, gomme son style et l'installe dans un créneau encombré (Michel Polnareff intouchable à l'époque). Alors, la reprise des Bee Gees ("New York mining disaster 1941"/"Si quelque chose m'arrivait") et son sitar, l'adaptation d'un Tim Hardin si loin de lui ("Ne me promets rien"/"Don't make promises") ou les compos mièvres de Brown et Jones ("Le pivert", "Les filles en sucre d'orge", "SOS mesdemoiselles"...) ouvrèrent certes de nouvelles portes à Ronnie Bird (la télé notamment), mais causèrent aussi sa perte.

Morceaux qui Tuent
   Elle m'attend
   Adieu à un ami
   Où va-t-elle ?
   Cette maudite solitude
   Chante
   N'écoute pas ton coeur

François Branchon © Sefronia
21-02-2002