Jazz
  Benjamin Koppel & Charlie Mariano with the Alex Riel Trio - Blues & ballads
Danemark Etats-Unis 2007
Album Original
Un CD Cowbell  / Giant Steps Nocturne 2008

WEB

Label Cowbell
 
Benjamin Koppel & Charlie Mariano with the Alex Riel Trio
Blues & ballads
par Sophie Chambon le 25/09/2008

Note: 8.0    

"Blues & ballads", voilà un titre des plus explicites pour un album qui souligne l'échange de deux saxophonistes alto. Si le danois Benjamin Koppel se lançait précédemment, toujours pour son label Cowbell, dans une musique contemplative et abstraite avec Paul Bley, un des pionniers du free (pour faire court), il a invité ici Charlie Mariano, l'une des dernières grandes figures vivantes, ayant commencé sa carrière au temps du bop. Nous voilà revenus avec une thématique plus évidente à un jazz en quintet, avec une formation "classique" composée d'un trio qui a fait ses preuves, celui du batteur danois Alex Riel qui fêtait en 2008 ses cinquante ans de carrière. Alex Riel connaît d'aileurs Charlie Mariano depuis les années soixante.

Un album qui est la preuve éclatante de l'éclectisme du jeune saxophoniste, qui a écrit l'ensemble des titres à l'exception des deux derniers, composant intelligemment un bouquet de ballades classiques et délicatement mélancoliques comme "Farewell my heart, my house", un très coltranien "Moving out" déchirant dans les aigus et des morceaux plus revigorants comme "That degree of excitement". Ces compositions, longuement développées, permettent d'entendre toutes les subtilités de jeu des altistes, supportés par une rythmique attentive, qui ne sort vraiment de sa réserve au demeurant efficace, que pour un splendide numéro dans "One for Basie".

Belle alternance de titres lents comme le traditionnel "Adjö Adjö" et de compositions plus fringantes avec le son superbe de Mariano, voluptueusement tendre. De l'humour aussi dans la façon de déjouer les plans attendus comme dans le joyeux "Free bop a lula" qui laisse entendre un bop très libre, free sonnant. Le final est surprenant, offrant une longue version tout à fait décomplexée de "St Louis blues", qui n'aurait pas défrisé outre mesure Louis Armstrong sur un rythme funk, volontiers chaloupé qui bouscule ainsi une certaine idée attendue du blues. Ce qui est le propre même de la musique de jazz, jouer autrement, se renouveler sans perdre ses repères. Un album  décidément attachant.