Entre chien et loup

Daniel Mille

par Sophie Chambon le 01/07/2001

Note: 7.0    

Entre chien et loup est un disque d'atmosphère, tout en nuances et en demi-teintes. Des nuages passent dans notre ciel : ainsi commencent "Les minots", où se mêlent aux voix d'enfants, le violoncelle et l'accordéon mélancoliques. Ce premier titre donne la couleur de l'album : le sépia d'une saison particulière dans un lieu de bord de mer, aux contours flous. Dans cette berceuse, Daniel Mille ne joue pas le thème et laisse le soin aux autres (guitare, basse et batterie ) de le faire. Il faut prêter une attention particulière aux onze compositions de cet accordéoniste qui manie aussi l'accordina, le petit frère qui évoque l'harmonica et Toots Thielemans, dans "Aube" par exemple. Daniel Mille nous entraîne d'une chanson tendre à une danse plus audacieuse, "les errances d'une valse" suite en quatre mouvements, menée par la clarinette basse de Laurent Dehors. Entouré d'une équipe de potes qui complètent selon les titres le quartet que Daniel Mille a choisi comme formation privilégiée, ce groupe n'a donc pas la sonorité orchestrale d'un big band. Les musiciens s'invitent les uns les autres à partager, à suivre le temps d'un morceau le même chemin et à confronter leurs souvenirs. Il émane de ce disque une résonance particulière, des sonorités inhabituelles dues aux instruments (accordéon, violon et violoncelle, percussions) qui ne riment pas toujours tout à fait avec le jazz. Est-ce un reproche ? Mais l'absence de batterie renforce aussi ce sentiment. Daniel Mille n'est pas un adepte de la virtuosité, et il adopte le pas ample et souple du promeneur plutôt que le rythme de l'homme pressé. Il cherche autrement, et si on ne peut s'empêcher d'évoquer Galliano et Portal, Daniel Mille a réussi à se frayer une voie moins lumineuse, mais bien à lui. Musique d'entre deux, de lisière. Le titre est admirablement trouvé, si vous voulez vivre cet instant particulier entre jour et nuit.