Chante nuit

Facteurs Chevaux

par Francois Branchon le 02/06/2020

Note: 5.0    

Voici un album (le second de ce duo), totalement décalé du son actuel, puisant ses influences dans les contes et légendes, les pays où les ponts sont forcément enveloppés de brume et les maisons faites de bois qui craque. Sammy Decoster (ex Ultra Orange, Verone) et Fabien Guidollet (un rien poseur et maniéré) sont les auteurs-compositeurs de cet album dont une partie des chansons furent pensées à Hauterives dans la Drôme, au Palais du Facteur Cheval (ça y est vous l'avez, leur nom ?).

Méticuleusement produit, enregistré, joué (finesse et précision) et chanté (science des voix qui se répondent) l'album se déroule très vite, et semble conçu pour passer comme un rêve. S'il sonne décalé, il sonne toutefois à quelques vieilles oreilles averties des années folk seventies comme une rétrospective (de très bon goût certes) de groupes du passé.
Leur label présente les deux jeunes hommes aux allures calculées de bardes comme de nouveaux Everly Brothers ou Simon & Garfunkel, une référence un rien étrange hors ce format de duo, car ce sont plutôt des bribes vocales des Québécois Beau Dommage, des guitares acoustiques médiévales des Anglais Magna Carta ou Amazing Blondel, des élans poétiques des Français les Enfants Terribles qui viennent à l'esprit...

De surcroit, une impression très bizarre de filer entre les doigts, de glisser sur les oreilles sans s'y aventurer profondément s'installe. On attendrait d'une telle musique censée puiser sa sève dans le "terroir" qu'elle laisse dépasser des racines, qu'elle sente l'humus... Et il n'en est rien, elle ne fait que passer et rien ne reste. Se voudrait-elle belle, elle n'est finalement que jolie et un peu vaine. Et pour tout dire, au lieu d'en jouir, on s'emmerde.