Step right up 1970-1979 : a critical anthology

George Jones

par Jérôme Heff le 24/08/2009

Note: 8.0    
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Toujours en activité, George Jones a traversé toute l'histoire de la country moderne : après des débuts à 16 ans pour une radio locale du Texas, il connaît ses premiers succès à peu près en même temps que ceux d'Elvis Presley (avec lequel il partagera l'affiche d'une émission de la célèbre "Louisiana hayride"). Il enregistrera d'ailleurs des titres de rockabilly sous l'alias de Thumper Jones. Avec pas moins de 78 titres classés dans le Top 10 US, George Jones est une véritable star, surnommé "the possum".


© http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Brush_tail_possum_2.jpg - The possum, aka George Jones
The possum, aka George Jones

Qui d'autre qu'une star peut se vanter d'avoir sa propre marque de saucisses ?


© Stermgh 2007


Ou encore un bon gros flingue à 2000 $ ?


© Christian Northeast


Vous me répondrez : Paul Newman a bien ses pop-corns et de la sauce ketchup... mais je m'égare ! Comme son nom l'indique, "Step right up : a critical anthology 1970-1979" ne vise pas l'exhaustivité mais sélectionne 28 titres d'une période précise, qui voit George Jones adoucir son style honky-tonk "hardcore" des débuts pour adopter un style de crooner country sur des orchestrations soyeuses. Jones, c'est avant tout une voix, grave et profonde, qui joue dans la catégorie de Johnny Cash, ou encore davantage Frank Sinatra. Pas la peine d'en rajouter dans l'interprétation, qui repose entièrement sur cet organe de vrai mec. George Jones, c'est un "bad guy", qui a eu une vie par moments violente et mouvementée, dont les lignes de force se retrouvent dans sa discographie : l'addiction à la bibine (dont il ne se défera qu'en 1983), et une exploration méthodique, limite maso et macho, de toutes les vacheries que l'on peut s'envoyer dans un couple. Exemple : "After three full years of marriage / It's the first time that you haven't made the bed" ("A good year for the roses"). Sa relation avec la chanteuse Tammy Wynette fournit la matière d'un drôle de fil rouge sous la forme de singles-bulletins d'informations entre 1971 et 1976 (du mariage avec "The ceremony", jusqu'au divorce "These days (I barely get by"), ici présente). George Jones + Tammy Wynette = Tamala Georgette : c'est le prénom de leur fille. Respect.

Les arrangements de cette période sont classieux, mais un peu mécaniques, à base d'ingrédients inamovibles : tapis rythmique moëlleux en mid-tempo, cordes, pedal-steel et choeurs. Toutes les combinaisons sont possibles et l'on se surprend à essayer de deviner comment ils vont s'agencer. Les chansons sont toutes à la première personne, et adressées à un "you" obligatoirement féminin. Sur le mode "grand fauve blessé qui met du sel sur ses plaies", George Jones livre une autopsie radicale des manières de se faire larguer, voir par exemple la chanson logiquement intitulée "The door" (n°1 en 1974) avec son bruit de porte qui claque en leitmotiv !

Malgré le son très léché et grand public, le style Jones sonne quand même très "roots" et éloigné de notre background culturel - peu de chances que cela passionne les Européens distingués que nous sommes. "I just don't give a damn" : George Jones, du fond de son ranch du Tennessee, n'en a sans doute rien à f... Son caractère, plus proche d'un Jerry Lee Lewis ou Merle Haggard que de Jimmy Webb, son étonnante longévité et son indéniable talent nous le rendent bien sympathique.



GEORGE JONES The grand tour (Live TV Usa)