Livre
Autobiographie
 Kurt Cobain - Le journal de Kurt Cobain (Traduit par Laurence Romance)
Etats-Unis 2002
livres Oh ! Éditions 2002

 
Kurt Cobain
Le journal de Kurt Cobain (Traduit par Laurence Romance)
par Jean-Louis Schell le 30/11/2002

Note: 8.0    

La sortie de ce livre est concomitante à celle du Cd "Best of Nirvana" et questionne la déontologie : n’assiste-t-on pas à un viol de l’intimité ? Et c’est avec une légère et légitime méfiance que l'on s'empare du (gros) bouquin. Et finalement, la lecture du "Journal intime du leader de Nirvana" - ainsi que le précise la couverture - s’avère plus que surprenante. Dans un style à l’humour détonnant, Cobain livrait à ses cahiers d’écoliers (l’édition est riche de beaucoup de fac-similés) ses réflexions, ses peurs, ses espoirs. La chronologie y est bien respectée, le travail de traduction de Laurence Romance ayant dû s’avérer titanesque. Dès le début de l’ouvrage, Cobain décrit à la fois son désir et sa peur de réussir, donnant la leçon çà et là, en expliquant par exemple pourquoi un groupe de rock qui veut arriver à quelque chose se doit de répéter au minimum 5 fois par semaine. Les aspirants rockers qui pensent encore que la bonne pause serait suffisante savent à quoi s’en tenir. Le ton général est empreint d’une auto-dérision et d’un recul qui font découvrir que le blond guitariste n’était pas uniquement un punk avide de substances tel qu’il nous l’a été trop complaisamment suggéré. Les obsessions, comme la culture (cf. d’étonnantes playlists) du bonhomme laissent parfois pantois. Son féminisme poussé à l’outrance, sa défense quasi obsessionnelle des homos, sa haine du corporate rock (et aussi quelque peu sa peur d’y sombrer), son amitié jamais démentie pour ses potes comme sa fidélité à ses icônes, sont détaillées par le menu, comme s’il avait eu peur que toutes ses pensées ne lui fassent défaut. Ce livre à l’humour tordu, aux vérités assénées à coup de marteau (sa description de l’addiction à l’héro vaut toutes les campagnes ministérielles !) se dévore en quelques heures comme beaucoup de bons livres. Ce livre n’est pas seulement un "bon" livre, c’est un gros (par sa densité), et aussi un méchant livre. Si on reste sur sa faim, c’est à cause la mort prématurée du blondinet à la voix éraillée. La rumeur dit bien que "ce sont toujours les meilleurs qui s’en vont les premiers".