Experimental
Musique de Traverse
 Laurent Perrier - Plateforme 1
France 2014
Album Original
Un CD Baskaru 2014

WEB

Label Baskaru
 
Laurent Perrier
Plateforme 1
par Hugo Catherine le 08/02/2015

Note: 6.0    

L'idée de Laurent Perrier est alléchante : demander à trois artistes sonores (Felix Kubin, Lawrence English, Gianluca Becuzzi) de lui transmettre leur matière sonore brute pour la malaxer et la cuisiner à sa propre sauce : de la glaise d'autrui, Laurent Perrier se propose d'extraire tant une essence qu'une forme nouvelle. Quel beau projet ! Reste toutefois à affronter cette matière, qui n'est pas toujours des plus accueillantes…

Sur "Felix Kubin", nous suivons une boule de son lancée à pleine vitesse dans des tuyaux gazeux, terreux, aqueux – un peu à la manière d'un jeu vidéo dans lequel chaque seconde correspondrait à une nouvelle séquence, à un nouvel univers. L'expérimentation électroacoustique prend ici la forme d'une absence de permanence. Il s'agit d'une musique d'hyper stimuli, qui use, sans repos pour l'esprit.

"Lawrence English" pousse à l'extrême cette logique de flux continu. Nous voilà dans un vaisseau non identifiable qui n'aurait de cesse de prendre son envol ; au menu, vrombissements ténébreux, bruits sourds, roulis grinçant. Cette piste est aride, tel un désert de rythmes et de mélodies. Est-ce une forme de proto-musique ou de post-musique ? Nous dirions plus prosaïquement que nous avons affaire à une musique à se taper la tête contre les murs. Un peu de luminosité apparait toutefois pour qui sait la distinguer : quelques nappes ressemblent à des textures harmoniques, quelques coups sonores imitent des beats ; rien de plus.

"Gianluca Becuzzi" est un peu la synthèse des deux temps précédents. Cette piste, la plus aboutie de l'album, superpose, entre coma et songe, basses profondes et petits scintillements aigus. Elle n'appelle ni une écoute passive ni une sur-attention de tous les instants. Laurent Perrier trouve alors une forme d'équilibre ; il ne s'agit plus seulement d'exposer une matière brute (celle de Felix Kubin, de Lawrence English ou de Gianluca Becuzzi) mais de restituer un travail (le sien) visant à la forger et à la transformer : enfin un joli moment à passer !