Rock
Grunge
  Mad Season - Above
Etats-Unis 1995
Album Original
Un CD Sony  / Sony-BMG 2006

 
Mad Season
Above
par Thomas Santer le 25/01/2006

Note: 8.0     
Morceaux qui Tuent
Long gone day


Derrière ce nom se cache le side-project le plus alléchant qu'ait compté la vague grunge de Seattle. Composé de Mike McCready (Pearl Jam) à la guitare, Barrett Martin (Screaming Trees) à la batterie, Layne Staley (Alice in Chains) au chant et John Baker Saunders à la basse, le groupe fut même rejoint par Mark Lanegan pour deux titres. Leur histoire débute par une jam à la case de l'oncle McCready. Jusque là, rien de bien surprenant à Seattle où la plupart des musiciens sont d'anciens potes de galère et autres compagnons de défonce. Sauf qu'entre eux, la sauce prend immédiatement et ce sont deux titres entiers qui sont composés le jour même. Bien décidé à ne pas en rester là, le groupe donne plusieurs concerts où les morceaux sont improvisés directement sur scène. Une dizaine de chansons voient ainsi le jour et le tout est mis en boîte au début de l'année 1995.

En bon groupe de grunge, la musique de Mad Season sonne rageuse, mélancolique et désespérément sincère. Inspiré des longues jams qui ont vu naître le groupe, l'album se veut atmosphérique. Les ballades bluesy y côtoient le rock des seventies dans une ambiance des plus sombre. Les textes de Staley, largement introspectifs, traitent du changement, de l'attitude à adopter face à sa vie. Et c'est pour le moins pessimiste ! ("who ever said we wash away with the rain ?" ; "the river of deceit pulls down, the only direction we flow is down" ; "wake up young man, it's time to wake up...slow suicide's no way to go" ; "all alone, we're all alone"). Ainsi "Wake up" se développe autour d'une résolution, passant du constat d'aphasie de l'auteur jusqu'à l'explosion colérique de son impuissance. De même pour ce "River of deceit" à la guitare et au texte faussement optimistes ou pour le dernier titre de l'album - "All alone" - dont le chant semble provenir de l'au-delà pour nous répéter que nous sommes tout seul.

Mais le joyau de l'album, on le doit sans aucun doute au jazzy "Long gone day" qui se déguste dans une ambiance feutrée, un verre de whisky à la main. Une contrebasse, un violoncelle, un marimba et un saxophone (rien que ça !) s'unissent aux timbres particuliers de Staley et Lanegan pour faire de ce titre un véritable chef-d'œuvre mélodique, naviguant entre abattement et résignation, où la folie du saxophone se noie dans la gravité du violoncelle. "Above" est donc un album noir et torturé mais pas déprimant pour autant. Ici on ne s'apitoie pas sur son sort mais on prend conscience des difficultés à se prendre en charge, et parfois on s'enrage et on hurle. La mort de Baker en 1999, suivie par celle de Staley en 2002, met fin à une éventuelle réunion du side-project. "Above" restera donc le seul témoignage de l'existence de Mad Season. Dommage, car il laissait entrevoir la façon dont aurait pu vieillir le grunge en exploitant ce son obscur.