The difference between me and you is that i'm not on fire

McLusky

par Jérôme Florio le 30/08/2004

Note: 7.0    

"Everywhere I look is a darkness", éructe Andrew Falkous, les dents serrées : le groupe gallois formé en 1998 vit dans un monde menaçant à l'horizon bouché, une caricature du nôtre pas si outrée que cela... Noir et blanc, ce sont les deux seules couleurs fantaisie que s'autorisent les Mc Lusky, prêts à en découdre dans une posture guerrière de moines-soldats électriques.

Pour sonner comme ça, Mc Lusky a dû bouffer les racines poussées dans le terreau irradié de l'underground US bien sonore : une ascendance Dead Kennedys-Jello Biafra quand Falkous vitupère et s'étrangle, ou encore des intransigeants Shellac – groupe du fameux producteur Steve Albini, activiste infatigable ici aux manettes. Mieux qu'aucun autre il sait restituer cette énergie crue, dégraissée, qui transperce la membrane des hauts-parleurs.
On se fait tailler un short par la guitare-tronçonneuse et la guitare-enclume qui tombent dès "Without msg I am nothing" comme un avion sur le Pentagone : une première mandale qui réveille, suivie d'une deuxième qui prend le risque d'assommer. Les Mc Lusky jouent fort et nerveux, s'interdisent de s'endormir, angoissés par la perspective de perdre le contrôle - et pour rester éveillé, il faut se faire mal (la douloureuse "You should be ashamed, Seamus"). Le thème de la violence est récurrent, personnelle (les mots "sex-criminal", "axe-murderer", "we killed a family"), ou étatique ("western armies").

L'auditeur est pris sous le feu de mini-manifestes hérissés de mots d'ordre et de points d'exclamation, qui ressemblent à des collages d'impressions qui traverseraient à toute vitesse un cerveau sous tension ("KKKitchens"). "Icarus smicarus" est une bizarre invite au dépassement à l'adresse des kids, du Offspring passé au goudron et aux plumes. Andrew Falkous chante quelques phrases dans les deux sens, en inversant les propositions, comme pour souligner la confusion et la perte de repères. Et ce n'est pas la musique qui aidera à y voir plus clair : une brousse où des riffs dépecés tranchent dans le vif. La technique rudimentaire s'écrase elle-même sous son propre poids, implose jusqu'à éclatement du sens dans un "Lucky Jim" assez abscons.

Quelques titres dégagent un peu le décor. "She will only bring you happiness" a l'invective plus claire, la non moins désabusée "Forget him, I'm mint" est réussie avec ses trompettes et ses airs de The Fall acoustique ; également les torsions de cordes très Pixies sur la mélodie compressée de "Falco vs. the young canoeist". Mais le plus souvent, on se perd à travers les morceaux, surtout quand un ingé-son caractériel semble s'être amusé à trouer "Slay !" de fade-outs imprévus, faisant passer sans transition du calme tendu à l'explosion. Dans l'entre-deux, les asonances intrigantes des arpèges de "Your children are waiting for you to die" flirteraient presque avec du rock progressif (celui des 90 Day Men, teinté Genesis).

"Support systems" : la musique des Mc Lusky est leur planche de salut, le pace-maker qui les aide à maintenir la tête hors de l'eau polluée d'une société aliénante aux tendances totalitaires.