The stand ins

Okkervil River

par Jérôme Heff le 17/09/2008

Note: 9.0    

"The stand ins", par son visuel et les thèmes abordés, fait directement suite à "The stage names" paru il y a un an : deux disques pensés comme un dyptique, qui forme un ensemble parmi les plus enthousiasmants du rock américain actuel.

Il est passionnant de suivre en parallèle la trajectoire des deux amis et membres fondateurs du groupe. Jonathan Meiburg (qui joue et chante sur "Lost coastlines"), de plus en plus la tête dans les étoiles seul aux commandes de Shearwater, et Will Sheff, le binoclard exalté, qui nous offre un "The stand ins" affalé dans le caniveau - mais avec un sacré panache.
"The stand ins" creuse le sillon de "The stage names" : énergie et évidence mélodique, autopsie intime de la vie sur la route. Musicalement, il ne peut mieux commencer avec "Lost coastlines" et "Singer songwriter", sautillantes comme du Dexy's Midnight Runners, ou encore les cuivre soul de "Starry stairs" : un concentré parfaitement digéré d'americana (folk, country, rock) et de pop-music. Le disque est découpé en trois parties par des instrumentaux ("Stand ins, one, two, three"), comme les trois actes d'une pièce qui se clôt tragiquement : le lent crescendo de "Bruce Wayne Campbell interviewed on the roof of the Chelsea Hotel, 1979" fait référence au chanteur glam-rock des seventies Jobriath, mort du sida en 1983. Au bout de la route, la mort, fatalement ?
Jobriath est par ailleurs une des idoles de Morrissey. En ouvrant le livret de "The stage names", je repense à l'étonnement qui m'avait saisi pour les Smiths : visuellement, impossible d'isoler les couplets et les refrains à la lecture des textes (Morrissey est maintenant revenu à une conception plus traditionnaliste de la pop-song). Même chose chez ceux de Will Sheff (avec en plus la tradition folk américaine, Bob Dylan par exemple), que l'on peut lire comme des nouvelles. Pourtant à l'écoute, Sheff transforme son matériau en chansons, un tour de force littéraire ambitieux et réussi. Les instantanés sur le barnum de rock-star croisent des métaphores maritimes - ce que l'on trouve et que l'on est obligé de quitter. Sheff sait se faire saignant, notamment sur "Singer songwriter" et "Pop lie", qui fustigent l'hypocrisie et la manipulation du star-system. Mais ce lyrisme exalté et combatif a son revers de médaille, dans des coups de blues qui laissent sur le carreau ("Blue tulip", "On tour with Zykos").

"The stand ins" arrive à sa conclusion plus abruptement que "The stage names", et montre son statut de petit frère, un peu moins gâté et moins marquant que son aîné. Mais on aime ce groupe qui va à l'encontre de l'air du temps - proposer du son merdique pour refléter une époque merdique -. Okkervil River vibre et brûle un peu plus que les autres, avec une foi communicative dans l'art et dans le rock.


OKKERVIL RIVER Bande-annonce pour "The stand Ins"