Rock
Pop Rock
The  Aerovons - Resurrection
Etats-Unis 1969
Album Original
Un CD Cherry Red > RPM  / Import Cherry Red 2004

WEB

Label Cherry Red > RPM
 
The Aerovons
Resurrection
par Jérôme Heff le 22/03/2004

Note: 10.0     

Les Beatles ont explosé le cerveau de milliers d'ados dans les années soixante, en les faisant rêver d'être John, Paul, George ou Ringo : vite, acheter une guitare, monter un groupe, écrire quelques chansons et pourquoi pas avoir du succès ?
En 1966, à St. Louis, USA, Tom Hartman était un de ceux-là. âgé de 14 ans à peine, il joue avec trois copains dans The Aerovons, dans lequel il tient la guitare, le piano et le chant. Encouragé par sa maman, il enregistre une démo de sa chanson "World of you" : elle atterrit dans l'oreille d'un cadre de chez Capitol, qui flaire le potentiel et programme une session d'enregistrements à Los Angeles. Une offre refusée poliment par la mère d'Hartman, car le fiston ne jure que par la Mecque des studios, ceux dans lequel s'élabore le son qui l'obsède : Abbey Road, à Londres, en Angleterre.

Mis en confiance par ce premier accueil, Mme Hartman et le groupe prennent l'avion pour Londres début 1968, avec l'intention de démarcher une maison de disques - celle des Beatles, bien sûr. Les employés d'EMI voient donc débarquer quatre gamins, qui s'empressent de leur jouer une démo... The Aerovons sont signés ! Tom Hartman réalise son rêve : de mars à juin 1969, il a trois mois pour enregistrer un LP aux studios Abbey Road, à l'épicentre de la British Invasion qui fait trembler les charts US. Du haut de ses 16 ans, il écrit et produit tous les titres de "Resurrection" : pour une première expérience de studio, et pas n'importe lequel, vous conviendrez que c'est assez incroyable. Le guitariste Phil Eldholm quitte le groupe juste avant de rentrer en studio. L'enregistrement terminé, c'est le batteur Mike Lombardo qui démissionne et rentre à St Louis. EMI, refroidie par ces départs successifs, décide de ne pas sortir le disque : il ne verra le jour que 34 ans plus tard, sur le label de rééditions RPM. On mesure le niveau de la compétition de l'époque, pour que des enregistrements d'une telle qualité n'aient pas été commercialisés : l'ordinaire d'hier passe aisément pour l'extraordinaire d'aujourd'hui.

"Le talent emprunte, le génie vole", disait Oscar Wilde : on peut regretter que les Aerovons n'aient pas eu davantage le temps de voler de leur propres ailes, pour se détacher de l'influence des Beatles qui écrase quelques titres ("Resurrection" - les plans de "Across the universe", "Say Georgia", ou la brinquebalante "Bessy Goodheart"). Leur son pourrait se situer au point d'inflexion entre les périodes rouge et bleue des liverpuldiens, en plus soft : des Beatles sans carapace, encore un peu tendres. Hartman, loin d'être intimidé, se mesure à ses modèles et compose au piano des titres pop parfaitement charpentés, inscrustés d'un psychédélisme léger à base de guitares acides et de bandes trafiquées - une spécialité apprise chez l'arrangeur George Martin. La voix blanche, sous une tonne d'écho qui tombe des plafonds du studio, rappelle celle de John Lennon. Certains titres donnent une vision plus nette de la patte de Tom Hartman : "With her", superbe plage acoustique où des scarabées se dorent les mandibules au soleil californien ; l'imposant single "World of you", emmené en première ligne par un piano fier et qui s'évanouit en tourbillon psychédélique. Une trouvaille mélodique ou une rupture arrivent à singulariser chaque chanson, lui donnent de l'intérêt ("Everything's alright", "She's not dead", les cordes fuyantes de "Words from a song", le piano honky-tonk de "Something of yours", charmante cousine de Michelle). L'épique "The children" ferme la marche, à la construction en tiroirs un peu trop "à la manière de" ; la mélancolie naissante y est chassée par un piano bastringue.

Les titres bonus sont solides. Mike Lombardo signe l'honnête "Song for Jane", "Here" est jouée seul au piano - la chanson la plus mièvre du lot, mais pas la moins bonne : les compositions d'Hartman n'ont pas la force du vécu, mais elles touchent car on y sent une légère impression de fin de l'enfance, d'une vie imaginée en couleurs depuis une chambre d'adolescent.