DJ Mars

Time Bomb

par Remi Pierot le 16/05/2000

Note: 7.0    
Morceaux qui Tuent
Plus d'amour


Dans la galaxie du rap indépendant, Dj Mars est toujours à l'heure. Avec ses deux acolytes Ricky et Kessey, il fonde en 1995 le label "Time Bomb" qui révèle au grand public quelques perles rares de l'underground parisien, dont EJM, Les 2 Bals ou encore X-Men, premier groupe maison du label "Time Bomb". "Hostile hip-hop" confirme ensuite l'avant-gardisme de sa pâte musicale, l'oreille toujours tournée vers l'avenir, comme lors de la production du très apprécié album d'Oxmo Puccino ("Opéra Puccino"). A l'heure de l'an 2000, pour Dj Mars, c'est toujours le même deal. Tête piquée dans l'océan de l'indépendant, il est le pélican du rap français ; il y a toujours de quoi s'émoustiller dans son garde-manger. Pour cette deuxième édition "Time Bomb", encore une fois, il vise juste. Ses beats langoureux tissent une toile frétillante sur laquelle se posent rimes et flows de haute voltige. Les scratches de Dj Nels font mouche et le travail de recherche en sampling est indéniable. A l'honneur, sans conteste, le piano qu'on retrouve sur près de la moitié des titres (vagues intempestives sur "Roulette russe" de G. Kill des 2 Bals, ou genre piano-bar qui bloque sur "L'appât du gain" de La Rumeur). Plus surprenante, cette flûte traversière d'extraterrestre qui installe une tension hitchcockienne sur "Plus d'amour" de Rockin' Squat d'Assassin. Ce titre, sombre et pessimiste, est l'un des plus réussi de l'album, tant par la qualité du sampling que par l'efficacité du texte et la perfection du débit : "Plus d'amour, que des fausses faces, des faux discours, tour à tour les tourments et les peines tournent autour des tours, plus d'harmonie, plus d'souplesse, plus d'beauté, Plus rien à aimer". Autre démonstration d'un débit qui sonne : "Je voulais leur dire" de Def Bond. Les textes sont à la hauteur des instrumentaux ; même si ceux-ci ne pèchent pas par excès d'optimisme, ils brossent un tableau réaliste de la jeune génération rap indépendante qui ne se fait guère plus d'illusions. Ainsi les Frères Diak, fidèles de Dj Mars : "Nos vies hardcore comme un sexe mal circoncis" qui enchaînent sur un flow puissant à contretemps : "J'vis une France mi-croyante mi-profane, si j'm'intègre j'perds plus que c'j'gagne." C'est clair, pas de chantre du politiquement correct sur "Time Bomb"; ce qui compte c'est le plaisir de l'oreille, pas la tranquillité de la conscience.