Wasp star

XTC

par Guillaume Cordier le 23/06/2000

Note: 10.0    
Morceaux qui Tuent
Standing in for Joe
We're all light
My brown guitar
Playground
Church of women


XTC retourne à l'électricité après le premier volume "Apple Venus" essentiellement acoustique. Andy Partridge (chant et guitare) et Colin Moulding (chant et basse) sont deux inventeurs pop méticuleux dont l'inspiration ne se tarie pas depuis leur début à la fin des années 70.

Comment résumer l'alchimie d'une chanson sous XTC ? Il faudrait commencer par le duo des voix, très proches l'une de l'autre, choeur sautillant, flot puissant et aérien, qui vous transporte avec allégresse. On parlerait ensuite du jeu assuré de la guitare, qui va chercher des riffs imparables et tournoyants ("Playground" ou "Stupidly happy"), et peut se faire à souhait massive ou légère. On noterait, pour le plaisir, le solo "orientalisant" du milieu de "I'm the man who murdered love", tandis que Partridge nous crie à tout rompre qu'il est coupable. On admirerait aussi la richesse stylistique de la basse, qui, dans l'un des chefs d'oeuvre de l'album, "Church of women", adopte le touché d'une basse dub et se fait d'autant plus bondissante et mélodieuse. Enfin l'intervention toujours opportune des vents et des violons. Mais trouvera-t-on adjectifs assez virulents pour approcher le style orgiaque, splendide et déchaîné de XTC ?

Douze chansons, donc, qui coulent à flot, s'apaisent parfois (les chansons écrites par Moulding sont des îlots de tranquillité dans l'océan impétueux dirigé d'une main de maître par Partridge), à nouveau s'emportent, soutenues par une constante ferveur. Ne vous fiez pas à la naïveté apparente. Elle dissimule des textes satiriques et travaillés, regorgeant de jeux de mots, comme dans "We're all light" : "Don't you know, in this new dark age, we're all light". Cette naïveté n'est jamais synonyme d'abrutissement. Elle est bien plutôt l'innocence lucide de deux musiciens ayant su conserver et cultiver le jardin féerique de leur enfance, jardin bien différent de cette cour de récréation géante qu'a toujours été la société du spectacle. Et cette naïveté est le support d'une grande liberté. Elle va de trouvaille en trouvaille, sans discontinuer, et réunit, en une seule chanson, des atmosphères bien différentes, étagées couche après couche, l'une brumeuse, l'autre étoilée, jusqu'à atteindre cet air supérieur, ivre, ce souffle amoureux.