Ash Wednesday

Elvis Perkins

par Jérôme Heff le 28/03/2007

Note: 9.0    
Morceaux qui Tuent
It's only me
All the night without love
Moon woman II
Ash Wednesday


Les plus sombres tragédies génèrent parfois des œuvres qui célèbrent la vie. C'était un enterrement pour Arcade Fire ("Funeral", 2004), c'est maintenant le Mercredi des Cendres ("Ash Wednesday") d'Elvis Perkins, 31 ans. A la différence du lyrisme énergique et massif des Montréalais, Elvis et son groupe Dearland jouent un folk-rock lunaire finement arrangé : c'était loin d'être acquis d'avance, au vu d'une vie placée sous le triple signe du rock (pour le patronyme étonnant), de la maladie et du terrorisme.

Les parents d'Elvis ont tous deux connu des sorts funestes. C'est d'abord son père, l'acteur Anthony Perkins – inoubliable Norman Bates de "Psycho" d'Hitchcock – qui meurt du sida le 12 septembre 1992. C'est ensuite sa mère, la photographe Berry Berenson, qui était à bord du deuxième avion précipité sur les Twin Towers lors des attentats du 11 septembre 2001.

Cette date est la charnière centrale du disque, qui présente les chansons dans l'ordre chronologique de leur écriture. En dépit des circonstances, "Ash Wednesday" est singulièrement léger et délicat : aucune trace de pathos ni de gênante thérapie en public dans l'interprétation et les textes, qui n'abordent jamais directement les évènements. Ils sont suffisamment travaillés pour prétendre à l'universalité tout en étant intimes.
Comme ses compatriotes d'Okkervil River, Elvis Perkins est au croisement du rock indépendant et d'un folk plus traditionnel, dont il se détache en jouant courageusement avec ses propres limites. Il essaie de survoler les mélodies comme Thom Yorke (le single "All the night without love", le final au piano "Good Friday"), d'injecter du sens en prenant des accents Dylaniens – un air aussi de Hank Williams sur la balade country nocturne "Moon woman II". Il glisse quelques mots en français sur "Emile's Vietnam in the sky" (Anthony Perkins avait lui aussi gravé des disques dans les années 50 et 60, dont une poignée dans notre langue). Le titre "Ash Wednesday" est chanté avec toute la ferveur possible, comme Jimmy Cliff ou Bob Marley : c'est par moments risqué, mais l'intention est sincère et le résultat émeut. Porté par des sentiments presque trop grands pour lui (la douloureuse "The night and the liquor"), Perkins parvient néanmoins à les transcender.

Elvis Perkins a récemment assuré la première partie du concert parisien de Clap Your Hands Say Yeah !, dans un certain anonymat : lors de son prochain passage, c'est à lui qu'iront nos applaudissements.


ELVIS PERKINS All the night without love (Clip)