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  Francoise Hardy et Sacha Distel - Françoise Hardy - Canta per voi in italiano - Sacha Distel Swinging jazz guitarist
France 1956 1962
Albums Originaux + Bonus
Coffret 3 CD Cherry Red > el  / Import 2019

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Label Cherry Red > el
 
Francoise Hardy et Sacha Distel
Françoise Hardy - Canta per voi in italiano - Sacha Distel Swinging jazz guitarist
par Francois Branchon le 17/02/2019

Note: 9.5     
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Voici une curieuse association entre d'une part le premier album de Françoise Hardy de 1962 - pas de révolution ici, tout est connu - et sa version en italien, celle-ci beaucoup plus intéressante, et deux albums obscurs de Sacha Distel - période guitariste de jazz -, deux pépites oubliées.

Les artistes français de chez Vogue, maison française haut de gamme des années 60, qui marchaient bien, avaient pour habitude (ou obligation marketing), d'enregistrer leur chansons en allemand et en italien, via les filiales de la maison en Allemagne (Vogue Schallplaten) et en Italie (Dischi Vogue). Le label faisait bien les choses, utilisant des auteurs traducteurs renommés et réengistrant entièrement les morceaux sur place avec arrangements et musiciens locaux.

Ainsi, le premier Lp de Françoise Hardy (celui de "Tous les garçons et les filles"), entièrement co-écrit en français et orchestré par Roger Samyn, est traduit en italien par Vito Pallavicini et réenregistré à Rome avec le groupe de Ezio Leoni. Leoni n'est pas un inconnu, chef d'orchestre et arrangeur hors-pair pour notamment Adriano Celentano (chanteur le plus populaire de la péninsule), il est surtout sous le pseudo de Len Mercer un excellent jazzman, quand il accompagne et arrange par exemple Chet Baker lors de son premier séjour en Italie dans les années 50 ("The Milano Sessions").

Conçue différemment de l'album français, la version italienne voit disparaître six titres ("Ça a raté", "La fille avec toi", "Il est tout pour moi", "On se plait", "J'ai jeté mon cœur" et "Il est parti un jour") pour en gagner quatre autres, "Une ragazza comme le altre" ("Comme tant d'autres"), "Per tanto tempo" ("Bien longtemps"), "L'amore va" ("L'amour s'en va") et "Io vorrei" ("J'aurais voulu"). Le plus grand changement est cependant musical, car sous la houlette de Leoni, la tonalité diffère, avec des arrangements plus soyeux, plus denses, parfois même assez jazzy ("Une ragazza comme le altre"). La différence se laisse entendre dès le premier morceau, "L'eta dell'amore" ("Le temps de l'amour"), un vrai petit combo à la Shadows avec basse swingante, guitare en avant et batterie bien maîtrisée porte la voix vaporeuse de FH. Une belle surprise.


Quant à Sacha Distel, on pourra éternellement regretter son virage variétés crooner french lover à sourire dentifrice des années soixante qui lui fit enregistrer des chansonnettes à la mode (parfois des daubes). Mais sans doute préférait-il cette vie de dolce vita l'hiver à Courchevel l'été à St Tropez à une carrière de jazzman que son oncle Ray Ventura avait guidé dès l'adolescence. Car jazzman il était. Classé meilleur guitariste de jazz par la revue de référence Jazz Hot tout au long des années cinquante, il était un musicien recherché, accompagnateur de grands noms (Lionel Hampton, Louis Armstrong, Modern Jazz Quartet, Michel Portal, Stéphane Grappelli, Maurice Vander, Sarah Vaughan...) et le grand luthier français Jacobacci donnera même son nom à une de ses guitares électriques.

En 1957 il enregistre à tour de bras, avec son quartette, son quintette (Bobby Jaspar, Bill Byers, René Urtreger, Paul Rovere et Al Levitt), avec les Bobby Jaspar All Stars (les mêmes plus Benoit Quersin et Jean-Louis Viale) ou en duo avec un autre guitariste Jean-Pierre Sasson.Il nomme même un trio Altitude 10500 le temps d'une mini-session enregistrée en 1959 dans une Caravelle d'Air France qui fait des ronds à 10500 mètres d'altitude au-dessus de Deauville, Distel jouant "Nuages" de Reinhardt, une filiation avec Django qui est présente tout au long de sa carrière de guitariste.

Un dernier Cd, datant de 1956, regroupe Distel en quintette avec John Lewis et Connie Kay (MJQ), Barney Wilen et Pierre Michelot, une session en mini big band ("Jazz d'aujourd'hui"), avec une belle reprise de "Round about midnight" de Monk et la musique du film "L'orgueil" de Roger Vadim (dans "Les 7 péchés capitaux"). Des rééditions bienvenues.



FRANCOISE HARDY L'eta dell'amore (Audio seul 1963)





SACHA DISTEL, RENÉ URTREGER, PAUL ROVÈRE, JEAN-LOUIS VIALE Blues for Marianne (Live 1958)