Demon days

Gorillaz

par Jérôme Florio le 18/08/2005

Note: 6.0    

En vacances de Blur, Damon Albarn a d'abord fait le malin (le premier disque des Gorillaz en 2001), puis le malien ("Mali music" en 2002), et joue aujourd'hui au Malin : "Demon days" prend en compte la tournure sombre prise par les évènements – et dissimule à peine derrière son titre l'omniprésence de son auteur.

La formule pluridisciplinaire avait fonctionné au-delà de toutes les espérances : Albarn + Dan "The Automator" Nakamura (DJ et co-producteur) + Jamie Hewlett (habillage graphique qui décline Albarn en personnages de cartoon) = carton mondial. Le concept est reconduit presque à l'identique, Nakamura cédant sa place à Danger Mouse (producteur d'un "Grey album" qui mixait les Beatles avec Jay-Z).
Ce deuxième disque de Gorillaz continue dans une approche hétéroclite et groovy, mais la déconnade est beaucoup moins insouciante qu'auparavant : les beats sont collants, la tonalité générale plus lourde. "Demon days" voudrait faire danser sur les tourments du monde.

L'entrechoquage des idées et des styles (funk, soul, ska, hip-hop, avec des tas d'invités de marque) est constamment efficace et séduisant, mais bon, cela relève du bidouillage de luxe et d'un art consommé du zapping - un disque bien de son époque... Ludion doué ou un peu fatiguant selon les goûts de chacun, on dirait qu'Albarn ne force pas son talent : à plusieurs endroits, des bouts de chansons pop assez lumineuses ("Last living souls", "Every planet we reach is dead" et ses choeurs) percent furtivement au travers d'un brouillard électro aux humeurs inconstantes. Bien fichu, l'ensemble ne prend au final pas beaucoup de risques, et encore moins celui de lasser : du divertissement permanent à passer en boucle sur la platine Cd, et qui donne l'impression d'en avoir pour son argent.

Il y a autant de réussites entêtantes (le ska plombé de "Kids with guns", la chorale d'enfants funkisée de "Dirty Harry" – tiens tiens, on nous refait le coup du "Clint Eastwood" du premier album ?) que de titres sans intérêt ("All alone", le breakbeat "White light" pour le dance-floor, l'histoire nunuche de "Fire coming out of the monkey's head" narrée par Dennis Hopper). Sans mettre en doute la sincérité de ses auteurs, notamment Damon Albarn, la musique des Gorillaz manque trop de chair pour toucher autant, par exemple, qu'un autre disque qui pleurait avec génie sur les gens de sa condition et par-delà sur l'humanité toute entière : "What's going on" de Marvin Gaye...