Jazz
 Jean-Sébastien Simonoviez - Vents et marées
France 2003
Album Original
Un CD La Buissonne  / Harmonia Mundi 2003

WEB

Label La Buissonne


SPIRALE

 Crossing life and strings
 
Jean-Sébastien Simonoviez
Vents et marées
par Sophie Chambon le 17/09/2003

Note: 8.0    

Gérard de Haro préside avec un rare talent aux destinées d'un des plus formidables studios d'enregistrement actuels, La Buissonne. A l'exemple du
grand frère Sketch, il nous fait profiter de la première livraison d'un label "maison" : coup double avec deux solos, le premier capté sur le vif, au Bass festival d'Avignon 1994 de "JF" - auquel les Rencontres de Capbreton viennent de rendre le plus bel hommage possible - et le second du pianiste Jean Sébastien Simonoviez. Dans "Vents et marées", le piano n'est
pas préparé, transformé, "décomposé", mais plutôt l'expression d'une sensibilité accordée à une certaine idée de l'instrument : peu dissertatif, sans volonté démonstrative, ni recherche d'une performance, on "entend" ce que le piano dit effectivement : des notes perlées qui s'égrènent presqu'une à une, sur le clavier des sentiments, une prise de parole qui peut aussi
s'interrompre pour ne laisser que la permanence des choses muettes. Il fait le pari de reprendre "My favorite things", dont il parvient à étirer puis à renverser le thème dans la forme et le phrasé, sans excès, dans un climat plus méditatif, moins tendu que l'original. Intimisme exacerbé et douce violence sont la marque de l'univers de Jean Sébastien Simonoviez. Ce désir retenu, presque étouffé dans la ballade "I wish I
knew", traduirait-il la peur d'un excès de romanesque ? Il n'y aurait alors de romantique que la solitude capturée de ce voyage en solo, la folle rêverie mise en images sonores. Un développement lent, par touches
impressionnistes, suspend une certaine fluidité, retient toute idée convenue de swing. C'est sa manière discrète mais volontaire de s'affranchir de maîtres redoutables, tout en cédant aussi à leur obsession. Ainsi une sonorité cristalline, tendre mais coupante comme du verre, fragile et mélancolique, restitue le vertige des mélodies de Bernard Herrmann, compositeur favori d'Hitchcock mais aussi du Truffaut visionnaire de "Fahrenheit 451" au thème ici repris. Le piano est l'alter ego de Jean-Sébastien Simonoviez, et l'album a la couleur du temps qui passe.