Half baked

Jimmy Campbell

par Jérôme Heff le 02/10/2010

Note: 8.5     
spiraleEcouter
spiraleAcheter


"Half baked", mi-cuit : un bon résumé de l'étrange carrière de Jimmy Campbell, qui n'a jamais vraiment décollé malgré les fortes attentes de son label de l'époque, Vertigo. Il faut dire qu'en 1970, "Half baked" arrive presque trop tard, coincé entre un psychédélisme folk finissant et une vague metal montante.
Campbell est un talent atypique, versatile, doté d'une voix nasillarde de dandy fatigué – le suranné "Dulcie (It's december)" chanté en traînant les pieds comme Ray Davies des Kinks. Natif de Liverpool, Jimmy a fait ses armes au sein de la scène merseybeat du début des sixties, jouant souvant au célèbre club The Cavern et partageant la scène avec les Beatles à leurs tout débuts. Son premier groupe The Panthers n'a apparemment jamais réussi à se singulariser suffisamment ; il forme alors The 23rd Turnoff en 1967 et prend le virage psychédélique de l'époque, sans plus de succès. Plusieurs titres de "Half baked" portent la marque des célèbres Liverpuldiens : le boogie "So lonely without you", avec une tonne d'écho dans la voix, sonne comme du John Lennon ; le jeu de basse est généralement très soigné et mélodique, à l'image de celui de Paul Mc Cartney. On mesure là aussi l'influence écrasante des Beatles sur toute la musique pop de l'époque, mais dans leur sillage fleurissait toute une pépinière de petits princes psychédéliques doués que l'on a plaisir à redécouvrir aujourd'hui.
L'écoute de "Half baked" en est une preuve de plus : en ouverture, "Green-eyed american actress" est un excellent titre qui appelle à tailler la route en compagnie de Bob Dylan & The Band et de Fred Neil... un beau concentré d'americana. "In my room" (rien à voir avec la chanson des Beach Boys ?) est une miniature baroque finement arrangée comme à la "Lady Jane" des Rolling Stones (les clavecins...). Jimmy y brouille avec un humour grinçant les pistes de ses influences : Somerset Maugham est voisin d'étagère de Oscar Wilde, John & Paul (les Beatles) et... Hitler ! On regardera à deux fois avant d'accepter la proposition de Jimmy d'entrer dans sa garçonnière ! D'autant plus que le gars est capable d'enchaîner des maniaqueries ciselées (hautbois, cordes et vents sur "Loving you is all I do") mais aussi de sortir par surprise des titres bien rock  : un "Lonely Norman" saignant pour conclure, ou "Half baked" dont la tension avec l'orchestre rappelle "Melody Nelson" de Gainsbourg, par ailleurs grand amateur de pop anglaise.



JIMMY CAMPBELL Half baked (Audio seul)



23rd TURNOFF Michaelangelo (Audio seul)