Thanks for the dance

Leonard Cohen

par Jérôme Heff le 11/01/2020

Note: 9.0    

"Thanks for the dance" est constitué de titres inachevés ou volontairement laissés de côté lors de l’enregistrement du testamentaire et solennel "You want it darker" (2016), sorti quelques jours avant la mort de Leonard Cohen. Il est à nouveau réalisé par son fils Adam, qui s’entoure de fidèles musiciens des dernières années de son père, et aussi d’invités (Feist, Patrick Wilson notamment) déjà conviés à rendre hommage à Leonard lors d’un concert de très belle tenue à Montréal en 2017.

Dans la catégorie souvent ingrate des disques posthumes, on tient là le haut du panier. Il ne s’agit pas de reprendre des vieilles démos végétant sur des cassettes remisées au grenier : Leonard Cohen a travaillé jusqu’à la dernière minute, noircissant quotidiennement des pages dont les textes pouvaient devenir des chansons, de la prose ou des poèmes, après concertation avec Adam. Certains ont été enregistrés au jour le jour : on entend donc les toutes dernières prises de voix de Cohen. Elle est fatiguée et le souffle est court, mais l’inspiration, la proximité que l’on ressent, font plus que transcender la faiblesse physique.

Au plus près du cœur musical de son père, Adam Cohen finit le travail entamé avec une grande justesse. Le disque commence plus lumineusement que "You want it darker", par l’autoportrait trivial et sans concession "Happens to the heart", et l’élégante valse "Thanks for the dance" sur laquelle les chœurs féminins, compagnons de longue date de Cohen, lui adressent un dernier adieu. Les thèmes abordés s’assombrissent ensuite (jusqu’à l’antisémitisme sur "Puppets"), sans que jamais la musique ne joue la dramatisation. Au contraire, la belle guitare espagnole de Javier Mas est en parfait accord avec l’âme du bohémien que Leonard Cohen n’a jamais cessé d’être, jusqu’à rappeler fugacement les "jeunes" années du poète sur "The goal" (on pense au "Partisan"…). Elle accompagne aussi l’escapade libertine (avec castagnettes !) de "The night of Santiago".

Je n’ai pas évoqué jusqu’ici le casting : Daniel Lanois, Feist, Beck… on ne s’en rend pas du tout compte tant les choix et d’Adam paraissent sûrs et se passent d’un regard extérieur. Le poème "Listen to the hummingbird", même s’il est une chose plus hésitante, ferme la marche avec l’humilité non feinte dont ne sont capables que les grands artistes. Adam Cohen l’affirme : il ne reste plus rien à sortir sur disque. "Thanks for the dance" clôt donc une facette de l’œuvre de Leonard Cohen avec la plus grande dignité.



LEONARD COHEN Thanks for the dance (Audio seul)


LEONARD COHEN Tower of song (Concert hommage Montréal 06/11/2017)