Kratt

Massicot

par Jérôme Heff le 13/08/2020

Note: 9.0    

En Suisse, on ne fabrique pas que des montres qui tournent rond : l’horloge biologique du trio féminin genevois Massicot est réglée sur son propre fuseau horaire depuis maintenant dix ans. Mara Krastina (chant et basse) chante en letton (sa langue maternelle), sur une musique percussive, minimaliste, aux guitares hachées menu.

Le style pourrait tenir en trois lettres : YMG. ESG. GOF. ACR. DAF. Young Marble Giants, E(merald) S(apphire) & G(old), Gang Of Four, A Certain Ratio, D(eutsche) A(merikanische) F(reundschaft)… ou encore les Creatures de Siouxsie Sioux et Budgie (Siouxsie & The Banshees)… sont des noms qui viennent à l’esprit à l’écoute de ces titres fracturés et dansants, dont certains ont été composés "live" pour accompagner des films muets. 
D’autres se sont abreuvés aux mêmes sources, de la no wave new yorkaise à la new wave anglaise (les pénibles Savages de Jenny Beth par exemple, que Massicot éjecte hors du ring). Massicot prend bien soin de ne gommer aucune aspérité, et même les accentue délibérément ; le son est ciselé, sans une once de gras, et repose sur une cohésion sans faille entre Mara, Simone Aubert (guitare) et Colline Grosjean (batterie). 

"Kratt" fait trembler les murs épais et cossus de Genève, et le titre final "Saule", presque immobile façon drone, fait sentir une sourde menace sous les eaux étales du lac Léman. Post punk par bien des aspects, on aimerait bien que cette musique soit celle conduisant au "monde d'après".




MASSICOT Sulca kungs (Audio seul 2020)


MASSICOT Kubiks rubiks (Audio seul 2020)