En 1970, les Moody Blues vivent leur deuxième vie depuis 3 ans et
affichent déjà 5 albums au compteur depuis que "Nights in white satin"
a pénétré en 1967 tous les foyers planétaires et des environs,
infléchissant notablement à la hausse la courbe des naissances (jusque
chez les Inuits et les guerriers Kha parait-il).
Les Moodies
étaient donc prolixes, mais malgré ce rythme frénétique d'un album tous
les huit mois (un rythme à la Doors, mais encore très loin d'un Fela et
ses huit disques par an), ils n'ont jamais perdu leur cachet, ni leur
"son" de groupe pop-étalon du Mellotron, ni surtout leur talent de
pondre de très belles chansons (même si le ratio déclinait au fil des
sorties, d'un "In search of the lost chord" beau de bout en bout à
quelques seuls bons moments sur "A question of balance" qui vient de
sortir au moment de Wight 70).
Un faisceau de qualités qui leur
aura évité de sombrer dans l'anonymat promis aux groupes qui démarrent
avec un succès si énorme qu'il les dépasse et les engloutit (l'Histoire
regorge de ces "one-hit wonders", parlez-en à Procol Harum, noyé dans
la prétention après son "Whiter shade of pale"). Les Moody Blues surent
même se ménager une image suffisamment "rock" (réminiscences de leur
première vie) et balançaient de façon plutôt "nerveuse" et dépouillée
sur scène les morceaux très produits des albums. C'est à ce titre,
qu'ils ont partagé les affiches des grands festivals rock de la fin des
60's.
Ainsi ce passage à l'édition 1970 de celui de l'Île de
Wight, programmés le dernier soir en compagnie de Jethro Tull, Jimi
Hendrix, Joan Baez, Leonard Cohen et Richie Havens, (Les Doors, bougons
et jouant dans le noir - Morrison interdisant les projos, avaient
clôturé l'affiche du samedi). Leur set est sans surprise et ressemble
en quatorze morceaux au meilleur des cinq albums, emmené par Justin
Hayward, sa voix et ses Gibson (12 cordes acoustique ou 335 électrique)
: "Question", "Tortoise and the hare", "Minstrel's song" et "Melancholy
man" (Lp 5 "A question of balance"), le seul "Gypsy" de "To our
children children children"...(on aurait aimé le si beau "Candle of
life"), "The dream", "Are you sitting comfortably", "Have you heard" et
"Never comes the day" (du Lp 3 "On the threshold of a dream"), les
seuls (hélas) "Ride my see-saw" (en final chanté faux) et "Legend of a
mind", l'hommage à Timothy Leary issus du deuxième Lp "In search of the
lost chord", et enfin (extraits du Lp 1 "Days of future passed") : "Sunset", l'éternellement beau "Tuesday afternoon" et "Nights in white satin", qui entendu aujourd'hui, sera à jamais associé pour
nous Français au dernier rappel, en solitaire, de Bashung sur scène
nous criant "And i love you"...
(Existe aussi en CD)
MOODY BLUES Tuesday afternoon (Isle of Wight Festival 1970)
MOODY BLUES Night in white satin (Isle of Wight Festival 1970)