Folk
Folk Rock
 Vince Martin - If the jasmine don't get you... the bay breeze will
Etats-Unis 1969
Album Original
Un CD Cherry Red > Rev-Ola  / Import Cherry Red 2006

WEB

Label Cherry Red > Rev-Ola
 
Vince Martin
If the jasmine don't get you... the bay breeze will
par Francois Branchon le 14/03/2006

Note: 10.0     

Vince Martin était un des musiciens assidus de la scène folk new-yorkaise du début des sixties, qu'on avait laissé en 1965 avec un album en duo avec Fred Neil, première trace discographique de Neil, album de chansons folk traditionnelles (tendance Peter, Paul & Mary ou Kingston Trio). "If the jasmine don't get you... the bay breeze will" son deuxième album quatre années plus tard, est une œuvre mimétique, comme parallèle à celle de ses amis Neil et autres pionniers des lieux (Tim Buckley, Tim Hardin...) : les morceaux, le son, les arrangements et la voix ont muté, changé de registre et de dimension, passant du cadre de la chanson courte à une élaboration subtile et raffinée, une construction, un développement et un étirement des sons et des durées. Et en 69, Vince Martin frappe les esprits en s'offrant son "Happy sad" à lui, un an après celui de Buckley. La comparaison parait osée. Et pourtant...

Le producteur Nik Venet s'occupe de tout, loue à Nashville le studio et y garde les musiciens qui viennent d'y terminer "Nashville skyline" de Bob Dylan, ces mêmes Kenneth Buttrey, Charlie McCoy, Norbert Putnam qu'on trouvait sur "Blonde on blonde" ou "For women only" de Bergen White (enregistré dans ces mêmes lieux). L'ambiance est à la jam, à l'improvisation tranquille, à l'inspiration vagabonde après les semaines autoritaires des sessions de Dylan. Venet choisit le décor : le batteur qu'il soit doux ou furieux est (presque toujours) aux balais, les deux guitares sont acoustiques et les autres musiciens, jouent tout le long aux marges, dessinant et colorant un décor bucolique et puissant à la "Brokeback Mountain".

D'entrée, le ton est à une clarté obscure et intimiste à la Tim Hardin, "Snow shadows" et ses poussées vocales finales à la Patti Santos (It's a Beautiful Day), à laquelle Martin enchaîne la ballade nashvilienne type, au secret de fabrication déposé par les Presley, Roy Orbison, Everly Brothers ou Marty Robbins, "I can't escape from you", sa guitare hawaïenne, ses chœurs éplorés de pedal-steel, chanson qui laisse plus riche d'une nouvelle merveille gravée dans la mémoire.

"Summerwind" (quelle chanson d'amour !) et "Danville girl" sont des passages paisibles et doux, malgré les cahots du banjo, qui introduisent parfaitement les deux "pièces" finales.
"Yonder comes the sun" n'attend pas longtemps pour entrer dans le vif de son sujet. On est là dans le Buckley de "Happy sad", plus précisément celui de "Gypsy woman", huit minutes qui voient une guitare folk se croire électrique, atteinte de possession, la voix éclater en spasmes. Mais à la différence de Tim Buckley qui après les accès orgiaques de sa Bohémienne envoyait le calme "Sing a song for you" conclure "Happy sad", Vince Martin en rajoute une couche avec les treize minutes de "Jasmine (If the jasmine don't get you... the bay breeze will)", ballade country au début anodin, mais où l'hypnose gagne rapidement du terrain, saisissant la guitare rythmique, puis la voix, la deuxième guitare, et enfin la guitare basse qui escalade tout ce qui se présente devant elle.

Bien sûr Vince Martin n'a pas les quatre octaves de Tim Buckley, mais sa voix prend parfois ses intonations de ténor familières, et comme lui (et Fred Neil), il possède ce don infiniment précieux de rendre suave et luxuriante la mélancolie. Cependant, lorsque s'éteint le feu, les frissons encore nombreux suggèrent une autre comparaison. Et si "If the jasmine don't get you... the bay breeze will" était le cousin jouissif de "It's so hard to tell who's going to love you the best" de Karen Dalton, paru la même année, aussi oubliés l'un que l'autre, aussi beaux et indispensables pourtant.

L'oubli s'explique parfois, mais dans le cas de Martin, on parlera d'enterrement. Ce premier album sous son seul nom n'a jamais rencontré le moindre succès, faute de promotion de la maison de disques qui le finançait. Capitol espérait en effet le "vendre" sous les noms associés de Martin et Fred Neil, avec qui elle venait de réussir le succès de "Everybody's talking". Raté, car Neil, présent aux sessions ne voulut ni chanter, ni jouer, refusant de voler la vedette sur le disque de son ami. Capitol doit être insensible aux effluves de jasmin.