Chroniques Concerts

Alain Bashung - Grenoble Summum 8 Octobre 2008

Posté par : Francois Branchon le 17/10/2008

"Chanteur d'un groupe" plutôt que chanteur "accompagné d'un groupe", Alain Bashung a respecté sa tradition au Summum de Grenoble, le Zénith local, énième étape d'une tournée (d'adieux ?) à rallonges qui marquait l'ouverture du festival Rocktambules.

L'ambiance country-folk et le parti-pris "pop et léger" donné par Gaëtan Roussel, l'homme de Louise Attaque, au dernier album "Bleu pétrole" ne tiendront que les premières chansons ("Comme un Lego", "Hier à Sousse", "Je t'ai manqué") avant de basculer vers des tensions plus profondes, de laisser des failles s'ouvrir, béantes, et que s'y engouffrent les sons et les chansons, de tous albums confondus.

Devant une rythmique efficace (basse sobre, limpide et musclée, batterie souvent fine mais au son électronique parfois trop clinquant), deux instruments harmoniques encadrent Bashung qui, parfois assis, parfois debout, "bouge immobile" : à gauche un guitariste filou auquel on pardonne son laisse aller - quelques poses maniérées et tics de hard-rockeux déplacés - tant il est expert en sons et atmosphères, petit "État dans l'État", à son affaire au creux de son nid d'amplis Marshall quand il alterne arpèges et sur-saturations, guitare "sèche" (parfois outrageusement amplifiée) et électriques - Gibson 335, rouge évidemment, Stratocaster -, dobro, banjo et mandoline. A droite, un violoncelliste, qui va démontrer que son instrument a une vie hors des Suites de Bach. Un monde à lui tout seul, tirant à peu près toutes les ambiances possibles et imaginables de ses cordes et son archet, du pizzicato gracile (en duo avec le banjo sur "Venus") aux vagues déferlantes  de "Osez Joséphine".

Tout le monde le sait, il ne s'en cache pas et cela se voit, Bashung souffre d'un cancer. Mais face à l'effort évident d'être là, avec autant d'élégance, debout (jusqu'au bout ?), on ne se sent évidemment pas le droit de lui reprocher de le mettre un rien en scène, particulièrement sur le second rappel, une reprise seul, face à la salle éclairée, d'un "Nights in white satin" lui offrant l'alibi de nous crier "I love you", la main en signe d'adieu. On t'aime aussi Alain, et ton concert était puissant et magnifique.


ALAIN BASHUNG Mes prisons (Paris Olympia 2008)