Chroniques Concerts

20ème Festival des Inrockuptibles - Paris (12/11)

Posté par : Jérôme Heff le 13/11/2007

SOIRÉE du 12 NOVEMBRE (Zénith)

J'arrive au Zénith pour le concert des Suédois de I'M FROM BARCELONA. Je vais suggérer au rédac'chef de ce webzine un sous-style "Farces et attrapes" : en plus de la vingtaine de musiciens sur scène, un canon à confettis et des ballons gonflables qui ont plongé le public dans un univers coloré – et un peu infantile. Ceux qui ont déjà assisté à un concert des Flaming Lips repèreront vite l'origine de cette mise en scène. I'm from Barcelona fait une pop ostensiblement ensoleillée (un peu à la "Love is all" de l'ex Deep Purple Roger Glover), pleine de chÂœurs, d'instruments et de refrains à reprendre en chÂœur. Pour le dernier titre, tout le monde danse sur une version électro-télétubbies de leur tube "We're from Barcelona" (j'aurais préféré une vraie chanson à la place), qui m'a donné une impression bizarre de joie et de sympathie factice.

Un petit mot sur l'intermède assuré par le DJ, qui ne nous a passé que de la bonne eurodance des familles ("Pump up the Jam" de Technotronic ! "Call on me" d'Eric Pridz ! un truc tout pourri à la Da Hool ! On se serait cru à la Love Parade !).

Les Londoniens de BLOC PARTY clôturent la soirée. La bande à Kele Orekere connaît un petit revers de bâton avec leur deuxième disque "A weekend in the city" - un concept un peu trop ambitieux pour leurs possibilités ? Sur scène, on sent bien la différence avec les titres de "Silent alarm" (tout le monde se lève et tape dans les mains sur "Banquet" !). Groupe véloce, rigide, et pourtant félin, il s'alourdit sur les titres les plus récents. Bloc Party semble courir après une recette qui ne fonctionne plus aussi bien. Cela reste très solide, taillé pour une grosse scène, mais lassant sur la durée.


PLUS D'INFOS ET LE PROGRAMME SUR LE SITE DU FESTIVAL




20ème Festival des Inrockuptibles - Paris (11/11)

Posté par : Jérôme Heff le 12/11/2007

SOIRÉE du 11 NOVEMBRE (La Cigale)

Le concert de MARIT BERGMAN commence et s'achève en clin d'œil au cinéma : avant le lever de rideau, des extraits de dialogue d'un film hollywoodien de l'âge d'or, et à la fin, "Somewhere over the rainbow" de Judy Garland. Entre les deux, la Suédoise vêtue d'une robe rouge (proche de celle que l'on associe à Marilyn Monroe) donne un show à l'américaine de pop grand format. C'est enlevé, plein de peps, et Marit fait bien son job d'"entertainer". Elle est accompagnée d'une petite dizaine de musiciens – dont un guitariste sosie d'Ilie Nastase, et deux gars payés uniquement pour taper sur un tambourin. Très pro et sûre vocalement, on a néanmoins l'impression d'assister à un concert de pop générique, qui pourrait venir aussi bien d'Espagne que d'Australie ou de Tombouctou. Du produit manufacturé lisse et bien fait, plus proche des standards hollywoodiens que d'Ingmar Bergman…

La fosse se remplit pour accueillir ELVIS PERKINS & DEARLAND. Après un beau passage à la Boule Noire il y a quelques mois, on retrouve ce soir avec grand plaisir l'Elvis à l'étage du dessus. Ce sera un excellent concert. Il arrive seul sur scène, avec sa guitare et son harmonica, ce qui suggère comme remarque fatiguée à ma voisine : "je sens venir un grand moment de solitude". Tais-toi et va acheter l'album de Reverend & The Makers, ma cocotte. Elvis chante seul le premier titre "It's only me", ensuite rejoint sur "Good Friday" par les trois autres membres du groupe qui se saisissent chacun d'un trombone, d'un saxophone et d'une clarinette. Très belle version. Les américains ont bien construit leur set, faisant idéalement monter la pression avec leurs morceaux en formation "marching band". A noter une excellente réinterprétation de "All the night without love" en version boom-tchik-a-boom. Sur les deux dernières chansons, c'est le "very special guest" Gaëtan Roussel (de Louise Attaque) qui les rejoint.

Malgré leur nom hispanique, LOS CAMPESINOS! sont gallois, de Cardiff. Quoi de plus naturel, comme dirait notre président. Ils sont nombreux, sept sur scène : leur énergie est contagieuse, leur musique oscille entre pop candide et mur du son, le tout à 100 à l'heure avec des breaks inattendus et des fins qui ne le sont pas moins. Très sympathique, de voir des jeunes qui font du raffut avec le sourire aux lèvres, loin de la morgue londonienne. De plus, impossible d'identifier le moindre "leader", car tous occupent le devant de la scène. Leurs chansons-rébus amusent et détendent, mais c'est comme les mots croisés, au bout d'un moment ça fatigue les méninges.

Avec un nom pareil, on sent que THE NOISETTES va nous briser… les oreilles. Un trio emmené par une chanteuse d'origine zimbabwéenne, qui porte au début du concert une parure traditionnelle. C'est du rock bourrin mais assez souple, comme la plastique de Shingai Shoniwa. Sa voix, peut-être trop mélodieuse pour ce style (quand elle force, elle pousse de petits cris aigus), rappelle celle de Erykah Badu . On peut comparer les Noisettes aux Bellrays (ou à Skunk Anansie avant eux), mais en plus maniérés, et les compositions un cran en-dessous. Lisa Kekaula reste la plus forte.

Un peu fatigué, je laisse THE EDITORS "réveiller le romantisme dramatique de Joy Division et The Chameleons".


PLUS D'INFOS ET LE PROGRAMME SUR LE SITE DU FESTIVAL



20ème Festival des Inrockuptibles - Paris (10/11)

Posté par : Jérôme Heff le 11/11/2007

SOIRÉE du 10 NOVEMBRE (La Boule Noire)

A la Boule Noire ce soir : du folk, du blues et… du prog-rock.
SEASICK STEVE ouvre le bal : un Américain d'une soixantaine d'années, en salopette, barbu et tatoué, qui joue du blues électrique. Comme ZZ Top il y a 35 ans, ou les Black Keys aujourd'hui (mais sans la batterie !). Seasick Steve a mené une vie de "hobo" – ces vagabonds qui voyagent sur des trains de marchandises – qui nourrit ses chansons d'anecdotes (un passage en prison), certaines drôles (celle sur un insecte du Mississipi qui vous bouffe tout cru). 100% blues, sans additif. Bon concert, même si on suppose que des chanteurs de la trempe de Seasick Steve il y en a beaucoup aux Us. Pourquoi les Inrocks l'ont-ils choisi en particulier ?

Direction le Canada avec PATRICK WATSON, un pays nous envoie régulièrement des chanteurs enflammés (Hawksley Workman il y a quelques années). Patrick Watson chante avec trois kilotonnes d'écho : du coup, on a l'impression de l'entendre chanter dans un entonnoir géant et on ne comprend rien. Dommage, Watson a une belle voix (à rapprocher de Jeff Buckley, ou de M Ward), ce qu'il prouvera en toute fin de concert avec un "Man under the sea" totalement unplugged au milieu du public (qui a fait silence, du coup). Le groupe est au diapason : des textures sonores qui délayent le propos, avec Watson qui hulule systématiquement – gracieusement mais longuement – à la fin des morceaux. Les amateurs de Pink Floyd période "Dark side of the moon" on dû apprécier. Un son beaucoup trop enrobé, avec en plus des manières un peu chichiteuses pour introduire le titre qui tourne sur les radios, "Luscious life" : une intro au piano marquée par Erik Satie, comme pour annoncer le Grand Œuvre qui va suivre. Pas encore le grand frisson…

Pour finir, retour à la tradition avec l'Anglais (de Londres) JOHNNY FLYNN, pour du folk très classique, à la limite du folklorique (on pense à des racines irlandaises mais rassurez-vous, ce n'est pas quand même les Corrs !). Il a l'air tout jeune, le Johnny : teint pâle, cheveux blond paille, et le rose qui lui monte aux joues quand il s'adresse à son groupe ou au public. Très mignon. Sur scène, on remarque sa version féminine, à la flûte et au violon. Normal, c'est sa sÂœur. Chanteur un peu timide, Flynn est un assez bon guitariste : sur les deux premiers titres, il passe d'un dobro joué en picking à la mandoline – manière un peu précipitée de prouver ses talents ? Avec deux singles seulement à son actif, Johnny Flynn est très vert, et manque encore du coffre et de l'assurance qu'il pourra peut-être développer plus tard.


PLUS D'INFOS ET LE PROGRAMME SUR LE SITE DU FESTIVAL




20ème Festival des Inrockuptibles - Paris (8 & 9/11)

Posté par : Jérôme Heff le 10/11/2007

SOIRÉE du 8 NOVEMBRE (La Cigale)

En ce qui me concerne, le festival commence dans la ligne 2 du métro, en me rendant à La Cigale pour la soirée d'ouverture : dans la rame, un ado (jeune gars des pays de l'Est, sans doute) accompagné d'un sound-system à roulettes rappe, ou plutôt hurle, pour se faire quelques piécettes de monnaie. Il se pique de faire des acrobaties en se suspendant aux deux barres métalliques verticales en milieu de wagon, les utilisant aussi pour des déhanchements de boîte topless de très mauvais goût.

Arrivé dans la salle de la Cigale, c'est un équivalent américain de Christophe Willem (non annoncé) qui débite son phrasé "funky" second degré de petit blanc en se dandinant sur fond de samples botoxés de Wham! : multiples descentes dans la fosse, invites au public à danser sur scène, etc. Rigolo deux nanosecondes, ridicule ensuite.

Lui succèdent les BONDE DO ROLE, sorte de version dégradée des Beastie Boys : trois pois sauteurs brésiliens qui font beaucoup d'efforts pour se dépenser en mimant des gestuelles hard-rock. Un son très très fort, avec des basses propres à vous faire sortir les tympans par les trous de nez - il faut dire qu'à un volume plus modéré, on risquerait de s'apercevoir tout de suite de leur nullité. J'ai l'impression d'être encore dans le métro.

En début de soirée, les NEW YOUNG PONY CLUB ont proposé un rock raide et dansant, pas désagréable et bien dans l'air du temps. Doublement anéanti par une longue journée et les coups de massue infligés à mes oreilles, je plie bagage sans savoir si les PAPYS MONDAYS ont donné le concert du siècle.


SOIRÉE du 9 NOVEMBRE (La Cigale)

Retour à la Cigale pour BLOOD RED SHOES. Un duo anglais, des White Stripes inversés : un angelot blond à la batterie, une brunette à frange et moue boudeuse (genre BB pas brune) à la guitare. C'est bien en place, mais assez bourrin et répétitif, très raide. Le set se termine par une destruction de batterie.

Viennent ensuite REVEREND & The MAKERS. Il sont six sur scène : deux claviers sur les côtés, guitariste, bassiste, batteur et chanteur (de loin, dégaine genre Jim Morrison). Le premier titre abasourdit : un dance-rock putassier, surgonflé. Pourquoi punir le public avec un groupe aussi affligeant ? Très énervé, je prends illico la direction du bar, situé sous la salle de concert. Au contraire d'hier soir, il est vide, et la salle bourrée à craquer. Mais plus le concert avance, plus il se remplit de gens aussi dépités que moi.

Retour dans la fosse pour les COLD WAR KIDS. Ils ont manifestement envie de jouer : on les entend derrière le rideau baissé, accompagner la sono qui diffuse de la musique pour faire patienter le public. Les quatre Américains donnent un bon concert. Ils sont visiblement habités par leur musique – et même très ostensiblement, à voir le jeu de scène du guitariste et du bassiste très maniéré, deux grands maigrichons coiffés de bonnets qui se déhanchent en arpentant sans relâche la scène. A l'intérieur des morceaux, ils peuvent délaisser leurs instruments pour aller tapoter le clavier, les maracas, une cymbaleÂ… Au moins, ce concert est vivant. Nathan Willet est très en forme vocalement : il interprète seul au piano "Sometimes i feel like a motherless child" de Louis Armstrong en ouverture de "We used to vacation"; les titres les plus évidents ("Hang me up to dry", le phrasé hip-hop de "Saint John") sont connus du public, qui chante à l'unisson et tape dans les mains au quart de tour. Cold War Kids a proposé beaucoup de nouveaux morceaux, pas évidents, qui appellent une autre écoute. On a quand même l'impression d'un son un peu trop surgonflé qui taille au groupe un costard trop grand pour lui.


PLUS D'INFOS ET LE PROGRAMME SUR LE SITE DU FESTIVAL