Fleetwood Mac est un paradoxe : la paire rythmique Mick Fleetwood (batterie) et John McVie (basse) qui lui donne son nom est seule présente depuis le début (quarante ans en 2007 !) mais les deux braves gars n'ont jamais eu aucune influence sur la musique produite, Fleetwood Mac ayant toujours été sous influence de personnalités : Peter Green dans une première vie (sommet : "Then play on" en 1970), Danny Kirwan quand il prend dans la deuxième le relais d'un Green largué (sommet : "Bare trees" en 1972) et le couple capillaire Stevie Nicks/Lindsay Buckingham dans la troisième, inaugurée en 1975 avec cet album éponyme aujourd'hui réédité avec moultes bonus (méfiance...).
Fleetwood Mac sortait du trou. Kirwan parti fin 72 - l'inspiration avec - le passage de deux guitaristes anodins Bob Weston et Bob Welsh laisse deux albums médiocres en 73 et 74, "Penguin" et "Mystery to me" (d'où n'est sauvable que le morceau "Hypnotized"). Parti s'installer aux États-Unis, le Mac recrute un guitariste doué (Lindsay Buckingham), adopte le format rock Fm et le fait chanter par Stevie Nicks (nichons + voix de crécelle), engagée pour faire fantasmer le consommateur de base. Et ça va marcher ! "Fleetwood Mac" est la première sortie sous ce format. Le virage est signé d'entrée avec "Monday morning" de l'entrant Buckingham, du genre pompier accrocheur. "Rhiannon" de Nicks est de la même veine, du genre répétitif casse-couilles, elle se rattrape quelque peu avec un "Crystal" dans une lignée Emmylou Harris.
Heureusement, l'album est sauvée du désastre par les compos de Christine McVie. En 1975, la Chris Evert du rock n'est pas encore la future potiche sclérosée d'un Fleetwood Mac machine à dollars percluse de problèmes d'ego. Là, l'ancienne égérie du British blues boom se souvient de son talent de pianiste, de chanteuse sachant être poignante comme aux temps de la jeune fille Perfect, et encore à l'abri des canines Nicks, gratifie l'album de sa balle voix voilée, parfaitement soulignée par les solos raffinés de Buckingham. "Over my head", "Say you love me" et "World turning" sont excellents, "Warm ways" et "Sugar daddy" les complètent agréablement. Il faut aussi rendre justice à Buckingham, auteur sur la fin de "I'm so afraid", morceau superbement tourné qui devrait plaire aux amoureux de Barclay James Harvest.
Bémol notoire, la production accouche d'un son étriqué, riquiqui. Pourtant, Keith Olsen qui s'y colle n'est pas né de la dernière pluie. L'ancien Music Machine, découvreur de Nicks et Buckingham est un producteur-faiseur reconnu, à grande souplesse de jambes : passer du "Terrapin station" de Grateful Dead à Whitesnake via "Little darlin" de... Sheila dénote une science certaine du grand écart... En bonus, quatre versions single, "Rhiannon" est intéressante, la guitare invitée à bavarder se régale, et sur "Over my head", l'ajout d'une guitare acoustique et de percussions en font une chanson dont l'exotisme aurait pu (dû) être une piste à suivre...
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