acid flowers
Acid Folk/Acid Rock
 D.A. (Donn Alan) Pennebaker - Woodstock diary
Etats-Unis 1969
Un DVD Gravity 1994



SPIRALE

 John Lennon & The Plastic Ono Band - Live Peace in Toronto
 
D.A. (Donn Alan) Pennebaker
Woodstock diary
par Francois Branchon le 02/10/2009

Note: 8.5    
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Célébration interminable des quarante ans de Woodstock, suite (et fin ?) avec la réédition de "Woodstock diaries", le film-documentaire tourné sur place par D.A. Pennebaker, publié une première fois en 1987, et augmenté en 1994.

De Woodstock, on connaît le film officiel de Michael Wadleigh (assisté alors du jeune Martin Scorcese) sorti en 1970. Un film dont la set list, très partielle, dut faire grincer quelques dents parmi les "oubliés", tant le film boosta quelques carrières au niveau "grand public mondial" (Ten Years After, Santana, Joe Cocker ou les Who). Par sa science accomplie du reportage, Pennebaker rend très daté le film de Wadleigh, tant il sait capter les petits détails qui font la différence (un Bill Graham planqué derrière la sono de Santana ne lui échappe pas). Et sur l'essentiel son parti-pris privilégie la scène, en nous montrant TOUS les groupes (même si c'est parfois furtif, mais on en reparlera). Le montage de 1994 (réédité ici)  propose en préambule un entretien "vingt-cinq ans plus tard" avec les trois protagonistes de l'affaire : Michael Lang, le (toujours jeune et toujours poupon bouclé) hippie et John Roberts et Joel Rosenman, les deux entrepreneurs joueurs (en 1969 on fumait jusqu'à Wall Street), eux-mêmes toujours très laid back. Woodstock restait pour eux un souvenir amusant, une collection d'anecdotes loin de cette "nostalgite" qui a envahi nos media actuels. Seul manque à l'appel Elliott Tiber, celui qui trouva le lieu après toutes les interdictions, et fit que Woodstock se tint là où il se tint. Tiber en a écrit un livre, celui-là même que vient d'adapter le cinéaste Ang Lee.

Mais revenons à la musique. Le festival de Woodstock n'est pas le plus grand de l'Histoire, ni en fréquentation, ni en qualité d'affiche. Les groupes qui y jouent sont les habitués des festivals folk 60's (Joan Baez - en "star" de la soirée d'ouverture - Butterfileld Blues Band, Canned Heat, John Sebastian, Tim Hardin, Arlo Guthrie...), ou des groupes sur le déclin (Ten Years After, les Who) ou des seconds couteaux (Quill, Sha Na Na, Bert Sommers, Mountain...). Seuls quelques San Franciscains de premier ordre (Jefferson Airplane, Grateful Dead, Crosby, Stills & Nash, Janis Joplin, Santana, Sly & Family Stone) et un Jimi Hendrix pas si énorme que cela en 69 donnent une crédibilité à une affiche où n'apparaissent aucune des grosses pointures du moment (Dylan, Stones, Doors, Cream, Stooges, Cohen, Fleetwood Mac, Byrds, Traffic...) et où il n'y a d'ailleurs que très peu d'Anglais, à part les has-been cités et le remarquable Incredible String Band.

Ainsi que son titre l'indique, il s'agit d'un journal de bord, et Pennebaker monte son film en chronologie exacte. Ne revenons pas sur les ultra-connues images de Santana, Hendrix, le fuck de Country Joe, Ten Years After ou les Who venus là pour se refaire un buzz, et signalons plutôt ceux qui ne furent jamais montrés : Tim Hardin, saisissant de raideur, envoyant un poignant "If i were a carpenter" à un mètre du micro, Arlo Guthrie bourré (le public ne jette pas le fils de Woody, "Walkin' down the line"), Joan Baez accompagnée de Jeffrey Shurtleff et Richard Festinger (tous deux membres de la Draft Resistance Organization, le mouvement fondé par David Harris le mari de Baez, tout juste mis en taule en Californie) dédiant un "Drugstore truck drivin' man" au gouverneur Ronald Rea-Guns, Bert Sommers magnifique de pureté ("Jennifer") et l'Incredible String Band ("When you find out who you are") qui hérite de 20 misérables petites secondes, un scandale ! Au rayon cosmique, Ravi Shankar et son complice Alla Rakha sont toujours aussi beaux, et le magique crescendo rythmique de leur nocturne "Evening raga" dut être le catalyseur de rêve des dizaines de milliers d'acide en train de décoller, à perte de vue... et à propos d'acide, le Jefferson Airplane semble lui en pleine descente, prévu à minuit mais montant sur scène au matin ensoleillé à cause des retards, livrant hilares un "Somebody to love" assez "expérimental" et un "White rabbit" que Grace Slick propulse à elle-seule aux hauteurs attendues.

On reprochera à "Woodstock diaries" un montage en trois parties (vendredi, samedi, dimanche), indépendantes les unes des autres, avec leurs propres génériques de début et de fin, non zappables, une probable exigence pour une diffusion tv en épisodes.
Mais il a la qualité des œuvres de D. A. Pennebaker, et trouve une opportunité particulière de réédition avec la sortie concomitante de "Taking Woodstock", le film d'Ang Lee, qui en devient le complément idéal.