For house cats and sea fans

Elysian Fields

par Jérôme Heff le 25/02/2014

Note: 9.0    
Morceaux qui Tuent
Alms for your love
New year in Jerusalem


Plus les disques passent, plus Jennifer Charles et Oren Bloedow semblent dégagés de toute pression de sonner tantôt rock noir, tantôt rock de boudoir. "For house cats and sea fans" semble clairement choisir la deuxième option, tout en étant fois le disque le plus varié du groupe et aussi le plus finement arrangé.

Le mouvement de balancier entre les différents styles se fait tout en douceur, en reprenant d'abord les choses où elles étaient sur "Last night on earth" (2011). Avec un piano qui semble prendre une place de plus en plus importante dans la conduite des chansons, "Come down from the ceiling" réaffirme les marqueurs du son de Elysian Fields : une rythmique au bord de la catatonie, des guitares profondes et bien sûr la voix enjôleuse de Jennifer Charles. Une nouveauté : des chœurs, comme pour parfaire la caresse. Dans cette veine épique et planante – inaugurée sur "The afterlife" (2009), "New year in Jerusalem" monte langoureusement en puissance, cordes et électricité étroitement accolées, en une danse lancinante et mystérieuse dont Bloedow et Charles ont le secret et savent recréer à l'envi ("Hit by a wandering moon").

Sans effort apparent, on passe de la navette spatiale à des clubs de jazz cool, parfois interlopes : à la fois fine et mordante, "She gets down" fait la part belle à la guitare de Oren Bloedow et au saxophone turbulent de James Chance. Accompagnée par un piano ou par le groupe au complet, Jennifer Charles se laisse aller sans retenue à ses penchants pour un romantisme suranné et fin de siècle sur "Madeleine", "Frank, you ruined me", et la finale "Love me darling".

Ces grands écarts sont rendus possibles par l'implication et le talent des musiciens qui gravitent autour du groupe depuis leurs débuts : on citera notamment le bassiste James Genus et Sarah Murcia à la contrebasse ; les batteurs Chris Vatalaro, Ben Perowsky et Matt Johnson ; Ed Pastorini, Thomas Bartlett ou encore John Medeski aux claviers… pour une bonne partie la crème des musiciens new yorkais sur trois décennies (ajoutons John Lurie, qui a peint le tableau reproduit sur la pochette). New York… à la fois destination rêvée et point de départ : la longue "Escape from New York" rappelle la "Get rich" des débuts, du rock noir aux accords jazz tordus. C'est toutefois la veine la plus basique qui leur sied le moins ("Channeling") avec sur "This project" une dose d'ironie qui relève la chanson. "Alms for your love" est à ce jour leur meilleure chanson orientalisante (il y en a une par disque) : tambourin, violon slave et guitare acoustique pour un duo Charles / Bloedow à l'exotisme chatoyant.

Je m'aperçois que j'ai cité tous les titres du disque. "For house cats and sea fans" est non seulement une invitation à un voyage varié, réalisé avec un rare soin du détail et des ambiances, mais aussi une célébration.




ELYSIAN FIELDS Alms for your love (Froggy's session 2013)