acid flowers
  Jefferson Airplane - Bless it's pointed little head
Etats-Unis 1968
Album Original + Bonus
Un CD RCA  / Sony-BMG 2004

WEB

Label RCA


SPIRALE

 Live at Monterey festival
 Surrealistic pillow (Ep)
 Flight log
 Takes off (Vinyl Replica Collection)
 After bathing at Baxter's (Vinyl Replica Collection)
 Takes off (Edition BMG 2003 avec Bonus)
 Surrealistic pillow
Mes cousins...
Hot Tuna
Ralph J. Gleason
Grace Slick
Jefferson Airplane
 
Jefferson Airplane
Bless it's pointed little head
par Francois Branchon le 28/09/2004

Note: 10.0    
Morceaux qui Tuent
Rock me baby
3/5 of a mile in 10 seconds
Fat angel
Bear melt


"Bless it's pointed little head" est un des premiers enregistrements en public de groupes sixties de San Francisco, avec "Happy trails" de Quicksilver (Messenger Service) et "Live Dead", premier live du Grateful Dead, parus la même année. L'exercice n'était pas si évident. Tous les groupes psychédéliques californiens jouaient en 1968 une musique déjà fort sophistiquée en studio, usant du montage, des re-recordings offerts par les premiers multi-pistes, et passer l'épreuve des planches, avec ses équipements scéniques encore sommaires, pouvait s'avérer catastrophique.

Le Jefferson Airplane, lui, tourne la situation à son avantage en la contournant, choisissant une autre dimension : il se mue en (grand) groupe de rock ! Le coeur-moteur du groupe, sa colonne vertébrale, Jorma Kaukonen (guitare), Jack Casady (basse) et Spencer Dryden (batterie), a le bagage qu'il faut et une science musicale, particulièrement du blues (Jorma joue depuis plus de dix ans, Jack est prof de basse à UCLA et Spencer vient du jazz).

En 1968, la rythmique de Jefferson Airplane construit sur scène une forteresse rock-blues, dont Jorma Kaukonen, en soliste emblématique, porte très haut les couleurs électriques et aux balcons de laquelle, Grace Slick et Marty Balin vont, en toute liberté et en toute sécurité, s'égayer, jouer avec le public et rivaliser de prouesses vocales. Ecouter pour cela "The other side of this life", le morceau de Fred Neil popularisé par la forteresse volante ou mieux, "3/5 of a mile in 10 seconds" : une intro qui propulse la chanson comme décolle une fusée, et une fois en orbite, Grace Slick tutoie les étoiles comme d'anodines voisines de palier.

La scène était aussi pour Jefferson Airplane l'occasion de rendre hommage aux chansons des autres. Le "Fat angel" de Donovan se prête magnifiquement au passage calme des concerts, propice aux rêveries les plus sensuelles ("Fly translove airways" chantait l'écossais, "Fly Jefferson Airplane" rétorque Marty Balin...). En écho, Jorma Kaukonen trouve avec le standard "Rock me baby" l'occasion qu'il attend de "taper le blues", moment de maîtrise technique impressionnant, mais bien plus, séance de feeling d'un homme bougon dans la vie qui exprime avec sa guitare, une richesse infinie de sentiments et d'émotions.

"Bless it's pointed little head" saisit le Jefferson Airplane au sommet de son art et le consacre à la fois comme grand groupe scénique et groupe de rock, dégagé de la seule étiquette "californienne". C'est aussi leur deuxième pierre blanche après "After bathing at Baxter's" et on ne les entendra plus jamais ainsi sur un disque live. Le concert de Woodstock fut très moyen (passage à cinq heures du matin !) et "Thirty seconds over Winterland", l'album final de leur carrière, sur la scène du Winterland de San Francisco en 1972, est un album de circonstance (seules des raisons contractuelles les liaient encore) et Hot Tuna était, depuis deux ans déjà, le VRAI groupe de Jorma et Jack.


La réédition augmentée que propose RCA aujourd'hui est à double tranchant. Très bien présentée, riche en iconographie, parfaitement remastérisée et dotée de trois titres bonus, elle brise aussi d'une certaine manière, par les dates de captation de chaque titre, l'illusion d'écouter "un concert" de l'Airplane, comme l'excellent montage du vinyle jouait à le laisser croire. "Bless it's pointed little head" est un montage, de concerts aux deux Fillmore, East de New York et West de San Francisco, fin octobre et fin novembre1968.

L'illusion est définitivement achevée, quand après "Bear melt", douze minutes envoûtées, fin de concert fantasmée de rêve, musique qui s'éteint, s'engloutit dans le silence, Grace Slick chuchotant qu'il est temps de rentrer chez soi terminer son trip ("You can move your rear ends now... Good night"), déboulent en fanfare, comme un improbable rappel, les bonus tracks ! (Le crétin de Sup de Co qui a un matin inventé les bonus tracks va-t-il passer en justice un jour ??). Trois titres d'un troisième concert du début novembre ("Today", "Watch her ride" et "Won't you try"), certes intéressants mais balancés hors contexte, pour faire bon poids. Un non-sens.